Fin de clap
Les nouvelles orientations budgétaires de la Maison-Blanche ne prévoient aucune aide supplémentaire pour l’Ukraine
Un document de 92 pages recensant les besoins budgétaires des États-Unis a été publié ce vendredi. L’Ukraine n’est pas citée dans le rapport. Cette décision, maintes fois annoncée, semble donc sceller la fin d’une époque. Elle intervient quelques jours après la confirmation d’un détournement massif de l’aide américaine par Kiev au profit d’un financement occulte de la campagne de Joe Biden.

Le Bureau de la gestion et du budget de la Maison-Blanche a publié aujourd’hui un document (Fiscal Year 2027 President’s Budget) détaillant les priorités budgétaires de Donald Trump pour l’année fiscale 2027, qui couvre la période allant du 1er octobre 2026 au 30 septembre 2027. Il s’agit d’une simple d’une proposition de l’administration Trump, non encore évaluée et éventuellement amendée par le Congrès, mais elle entérine un changement de cap marqué par la fin du financement du conflit russo-ukrainien. Cette proposition budgétaire est complétée par plusieurs documents, dont une fiche de synthèse des grandes lignes du budget 2027 (Fiscal Year 2027 Topline Fact Sheet) et des orientations militaires pour l’année à venir (Rebuilding Our Military Fact Sheet), où le nom de l’Ukraine n’est cité à aucun moment.
Bien que le niveau total des dépenses reste stable par rapport à l’année 2026, il s’accompagne d’une augmentation historique du budget de la défense et de la sécurité intérieure – la plus forte hausse depuis la Seconde Guerre mondiale – justifiée par « le contexte actuel des menaces mondiales ». La projection cible une enveloppe de $1 500 milliards, soit une hausse de $445 milliards (+ 42 %) par rapport à 2026, destinés à la modernisation de l’industrie de défense et la reconstruction de l’armée américaine (construction de 41 navires, augmentation de la solde des troupes américaines, reconstitution des stocks de munitions, investissement dans les minéraux critiques et les chaînes d’approvisionnement nationales, revalorisation de la médecine militaire…).
La feuille de route prévoit notamment une hausse de 44 % du budget du département de la Guerre pour mener le fameux projet en forme d’oxymore « Assurer la paix par la force », et poursuivre le développement de plusieurs chantiers innovants comme le « Dôme doré pour l’Amérique » (Golden Dome for America) ou le chasseur de sixième génération F-47. Cet effort serait compensé par une réduction de $73 milliards (– 10 %) par rapport à 2026.
En décembre dernier, les États-Unis ont adopté la Loi sur l’autorisation de la défense nationale (National Defense Authorization Act – NDAA) pour l’année fiscale 2026 qui autorise une enveloppe annuelle d’environ 400 millions de dollars pour 2026 et 2027 via l’Initiative d’aide à la sécurité de l’Ukraine (Ukraine Security Assistance Initiative – USAI), le programme du Pentagone permettant d’acheter des armes et équipements auprès de fabricants américains à travers des contrats de production nouvelle, sans puiser dans les stocks de l’armée, et de financer le renseignement fourni par le Pentagone à l’état-major ukrainien.
Précision, le programme existe depuis 2016 bien que la guerre n’ait officiellement commencé qu’en 2022, ce qui confirme qu’elle était a minima anticipée.
Bien que le soutien américain n’ait pas été annulé par le Sénat il y a quatre mois, la coupe budgétaire votée en 2025 par l’administration s’élèverait à $1 000 milliards, soit – 75 % par l’aide octroyée en avril 2024 :
Dans une forte diminution par rapport au niveau passé de l’aide militaire pour l’Ukraine, la NDAA comprend $400 millions de financement pour l’Ukraine Security Assistance Initiative (USAI) pour de nouvelles armes destinées à l’Ukraine pour 2026 et 2027. Pour replacer cela dans son contexte, le projet de loi d’aide supplémentaire de l’Ukraine d’avril 2024 comprenait près de $14 milliards de financement de l’USAI.
https://www.atlanticcouncil.org/blogs/ukrainealert/whats-in-the-new-us-defense-bill-for-ukraine/
Ce changement de cap n’est pas véritablement une surprise. Le 26 mars, le Washington Post révélait que le Pentagone envisagerait de réorienter vers le Moyen-Orient environ 750 millions de dollars fournis par des pays de l’OTAN via le programme PURL (Prioritized Ukraine Requirements List) qui permet aux alliés européens d’acheter des armes américaines pour l’Ukraine, en raison de l’épuisement des stocks américains de munitions et de missiles intercepteurs Patriot, causé par la guerre menée contre l’Iran.
Dix jours plus tôt, Donald Trump avait expliqué que les États-Unis « n’ont aucune obligation d’aider l’Ukraine », contrairement aux Européens dont il estime que ce serait à eux d’assumer l’essentiel du soutien financier et militaire dont Kiev a aujourd’hui besoin. Il avait alors menacé de cesser de fournir des armes à l’Ukraine si les alliés européens refusaient de l’aider à débloquer le détroit d’Ormuz, ce qu’il a maintenu il y a deux jours dans les colonnes du Telegraph, où il explique :
L’Ukraine n’était pas notre problème. C’était une épreuve, et nous étions là pour eux, et nous aurions toujours été là pour eux. Eux, en revanche, n’étaient pas là pour nous.
La publication de documents déclassifiés fin mars faisant état de discussions entre des responsables ukrainiens et l’administration démocrate concernant le détournement de centaines de millions de dollars d’aide américaine pour soutenir la campagne présidentielle de Joe Biden, en 2024 n’a probablement pas dû inciter le président américain à infléchir sa position :
Le gouvernement ukrainien et des membres non identifiés du gouvernement américain auraient, par l’intermédiaire de l’USAID à Kiev, élaboré un plan visant à allouer des centaines de millions de dollars provenant des contribuables américains au financement d’un projet d’infrastructure en Ukraine, qui servirait de couverture pour transférer environ 90 % des fonds alloués au Comité national démocrate (DNC) vers la campagne de réélection de Joe Biden.
https://justthenews.com/government/security/nsa-intercepted-ukraine-government-messages-discussing-effort-route-money-2024
Mais la véritable raison de ce revirement des États-Unis est probablement à trouver dans l’analyse, établie par le renseignement américain, de l’état du front ukrainien.
Au cours de l’année écoulée, la communauté du renseignement estime que la Russie a conservé l’avantage dans la guerre contre l’Ukraine. Les négociations menées sous l’égide des États-Unis entre Moscou et Kiev se poursuivent. Tant qu’un accord n’aura pas été conclu, Moscou devrait continuer à mener une guerre d’usure de longue haleine jusqu’à ce qu’elle estime avoir atteint ses objectifs.
En d’autres termes, à quoi bon continuer d’alimenter une guerre perdue d’avance, sans la moindre garantie que cette aide n’aura pour principal objectif d’alimenter un système de corruption endémique ? Un audit d’envergure réalisé en mars par le Bureau de l’inspecteur général (OIG) de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) a révélé des faiblesses majeures dans le suivi de l’utilisation réelle des fonds américains, mais d’autres audits sont actuellement conduits en parallèle sur les processus d’achat et de livraison d’armes via l’USAI, alors que des enquêtes concernant des allégations de fraudes et de corruption sont également actives à Kiev.
