Conspiration au grand jour

Équipe Le Point Critique | 01 avril 2026

Les cinq scénarios imaginés par l’UE pour se débarrasser de Viktor Orbán

Dans son édition de lundi, Politico détaille les pistes évoquées par Bruxelles pour éliminer la menace que représenterait la Hongrie pour la cohésion européenne, dans l’éventualité où Viktor Orbán remporterait les élections législatives du 12 avril.

Viktor Orban lors d'un meeting électoral, mars 2026.

Selon Politico, cinq solutions seraient aujourd’hui sur la table pour tenter de neutraliser le veto hongrois, récemment utilisé par le Premier ministre pour bloquer le prêt de 90 milliards d’euros destiné à l’Ukraine en réaction au chantage exercé par Volodymyr Zelensky autour du pipeline Druzha, dont la Hongrie estime qu’il porte atteinte à sa souveraineté et sa survie énergétiques. Ces cinq solutions constituent le plan B imaginé par l’UE en cas de l’échec de l’opération d’ingérence qu’elle mène aujourd’hui activement en Hongrie, comme elle l’a fait dans 6 autres pays de l’UE depuis 2023 selon les services de renseignement américain. L’Observatoire de l’ingérence dans la démocratie a abondamment documenté cette stratégie sur son site et sur son compte X.

Cette réflexion n’est pas fondamentalement nouvelle. La présidente de la Commission européenne a déclaré en février dernier qu’elle recherchait activement un moyen de contourner légalement le problème Orbán, mais le fait qu’elle n’ait toujours pas trouvé ce moyen démontre qu’il n’existe à l’évidence pas. Il s’agit donc aujourd’hui d’imaginer un scénario permettant de contourner les traités pour exclure la Hongrie de manière pseudo légale.

Heureusement, Bruxelles est créative et déborde d’imagination. Une perche a été récemment tendue par l’actualité, avec la publication de l’article du Washington Post révélant, sur la base probablement d’écoutes illégales, que le ministre des Affaires étrangères hongrois communiquait activement avec son homologue russe (voir notre précédent article). Bien qu’elle l’ait toujours su, l’UE n’avait jamais pensé utiliser le mystérieux dossier élaboré par des services de renseignement, qu’elle ne souhaite pas ébruiter pour ne pas interférer avec l’élection à venir pour résoudre un problème qui l’obsède depuis le début du conflit russo-ukrainien.

Comme nous l’avions présupposé, l’article du Washington Post a donc permis de « matérialiser » cet ennemi intérieur, qui donne aujourd’hui à l’Europe la légitimité morale pour déployer une batterie de mesures pouvant aller jusqu’à l’exclusion pure et simple de la Hongrie. L’Observatoire de l’ingérence dans la démocratie confirme

1. Changer les règles de vote

L’unanimité est actuellement requise pour les votes concernant des domaines sensibles (politique étrangère, budget). Une première option consisterait à assouplir cette contrainte au profit d’une vote à la majorité qualifiée, qui exige qu’une décision emporte les voix de 55 % des États membres représentant 65 % de la population totale de l’UE pour être adoptée.

2. Créer une Europe à plusieurs vitesses

L’UE a expérimenter cette voie il y a quelques semaines pour tenter de débloquer le prêt de 90 milliards, ce qu’elle n’a pas permis, en utilisant le dispositif de coopération renforcée. Des diplomates de l’UE proposent d’accroître le recours à ce dispositif et de multiplier l’utilisation de formats flexibles tels que des « coalitions informelles de volontaires ».

3. Appliquer des sanctions financières

Cette option, qui est l’un des modus operandi classiques de la mafia, a été proposée par le président du Conseil européen, António Costa. Ça ne s’invente pas ! Politico précise :

Le président du Conseil européen, António Costa, a avancé l’idée que le blocage d’Orbán sur le prêt de l’Ukraine avait violé l’article 4(3) des traités de l’UE, selon lesquels les pays membres ont l’obligation d’assurer une « coopération sincère. « Costa a envoyé une lettre à ce sujet mais n’a jamais donné suite », se souvient un diplomate, évoquant la crainte d’une ingérence perçue pendant une campagne électorale.

4. Priver Budapest du droit de vote

Politico rappelle que le Parlement européen a déclenché en 2018 « l’article 7 des traités de l’UE, qui permet la suspension du droit de vote d’un État membre s’il viole les valeurs du bloc ». Or ce qui fut possible à l’époque ne le sera pas dans le cas présent, puisque la mise en œuvre de ce processus nécessite l’accord des 26 autres. Or la Slovaquie refusera inévitablement d’y consentir, sachant qu’elle a envisagé de bloquer à son tour le prêt ukrainien pour la même raison que la Hongrie.

5. Expulser la Hongrie de l’UE

Cette solution extrême, « la plus dramatique – et irréaliste – des options », est l’ultime « tabou » qui commence à faire son chemin, comme l’explique Politico :

Un diplomate a évoqué un commentaire publié dans un blog juridique suggérant la possibilité de réutiliser la clause de sortie de l’UE (l’article 50, que le Royaume-Uni a déclenché au début du processus du Brexit) ou d’autres solutions juridiques pour « quitter la Hongrie ».

Problème, l’expulsion ne fait pas partie des traités (et donc des fameuses valeurs de l’UE), et elle ne servirait pas les intérêts de Bruxelles selon un diplomate : « Que ferait la Hongrie dans ce cas ? Elle tomberait dans l’orbite de la Russie. »

Une sixième option serait de ne pas reconnaître le résultat de l’élection, comme l’a proposé il y a quelques jours un député allemand.

Pourtant, il y aurait un moyen extrêmement simple de débloquer le prêt ukrainien, qui consisterait à forcer Volodymyr Zelensky à autoriser une inspection du pipeline Druzha et à en rétablir le flux, comme le demande aujourd’hui Viktor Orbán, en assujettissant l’octroi du prêt à cet effort de coopération élémentaire. Le Premier ministre slovaque, Robert Fico, l’a proposé il y a quelques jours. Il dénonce aujourd’hui l’inertie de l’UE qui accuse la Hongrie et la Slovaquie de trahir l’Europe, alors que l’Ukraine ne fait partie ni de l’UE ni de l’OTAN.

En réalité, le fond du problème n’est ni le prêt (le Premier ministre hongrois avait l’avait approuvé en première intention), ni l’hostilité présumée de la Hongrie à l’Ukraine, qui continuait à être fournie en gaz hongrois jusqu’à la semaine dernière, ni le fait que Viktor Orbán veuille continuer à bénéficier d’un approvisionnement en pétrole russe. La France est en effet le premier pays européen importateur de gaz russe, ce qui ne semble poser aucun problème à Volodymyr Zelensky.

La véritable raison est que Viktor Orbán, qui a proposé en juillet 2024, lors de la prise de présidence tournante de l’Union européenne par la Hongrie, de jouer les médiateurs pour restaurer le dialogue et explorer des voies de paix entre la Russie et l’Ukraine, s’est toujours refusé à encourager la poursuite de la guerre, ce qui est le véritable objectif du prêt. Nous en avons aujourd’hui une énième confirmation.

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