Avertissement
Noelia, 25 ans, euthanasiée pour ses organes ? L’avocate de son père dénonce un conflit d’intérêts majeur
Le 26 mars dernier, les autorités catalanes ont euthanasié Noelia Castillo Ramos, la première femme ayant sollicité l’aide à mourir en raison d’une souffrance psychologique extrême. Ses organes ont été prélevés immédiatement après l'injection. Nous apprenons aujourd’hui que les experts qui ont validé la demande d'euthanasie sont également impliqués dans la coordination du don d'organes. Voici son histoire.

L’histoire de Noelia a été abondamment relayée sur les réseaux sociaux avant son euthanasie, mais elle continue de s’écrire après sa mort. Nous n’avions pas connaissance des derniers éléments de ce dossier qui symbolise l’inhumanité dont le corps médical et les institutions sont capables de faire preuve, par cupidité ou par idéologie, comme elles le firent durant l’Holocauste qu’elles ont rendu possible. Prenez quelques instants pour lire le récit de cette jeune femme de 25 ans, euthanasiée et prélevée à la suite d’une décision entachée d’un possible – et sordide – conflit d’intérêts.
En octobre 2022, Noelia Castillo Ramos subit un viol collectif dans une discothèque, à l’âge de 21 ans. Elle ne porte pas plainte, écrasée par ce traumatisme. Elle tentera de se suicider quelques jours plus tard en se jetant du cinquième étage d’un immeuble, après avoir consommé de la cocaïne. Elle survivra à la chute, mais au prix de séquelles dramatiques. Noelia ne remarchera plus jamais en raison d’une lésion médullaire irréversible.
En octobre 2023, elle demande à bénéficier de l’aide à mourir. La Commission de garantie et d’évaluation de Catalogne accède à sa demande en juillet 2024, à l’issue d’une procédure exceptionnellement longue (601 jours). Noelia sera la première femme en Espagne à obtenir cette autorisation en raison de souffrances psychologiques extrêmes induites par sa paraplégie.
Elle sera euthanasiée le 26 mars. Le journaliste Didier Maisto rapporte : « Elle disait vouloir mourir “jolie”, seule, sans que personne ne la voie fermer les yeux. »
La deuxième page de l’histoire est tout simplement sordide.
Au micro de Tocsin, l’avocate du père de Noelia, Polonia Castellanos, explique que la jeune femme aurait demandé par écrit le report de son euthanasie afin de bénéficier d’un délai de réflexion de six mois. L’administration aurait estimé que de simples doutes n’avaient aucune valeur juridique et aurait refusé de lui octroyer ce sursis. Polonia Castellanos affirme par ailleurs que les parents de Noelia auraient subi des pressions afin ne pas retarder l’euthanasie. L’hôpital leur aurait répondu qu’il n’était pas possible de revenir sur cette décision, dans la mesure où « ses organes étaient sous compromise ».
Selon le média Maldita, ni cette information ni la position de Noelia concernant le prélèvement d’organes n’ont été corroborées. Les avocats de la famille affirment que l’hôpital aurait fait en valoir en 2024 que « plusieurs personnes pourraient être sauvées grâce aux organes de Noelia » pour la convaincre de ne pas reporter l’euthanasie, ce qui aurait incité la mère de Noelia à lui faire signer un refus de don. Toutefois, si les choses se sont effectivement passées de cette manière, il s’agit d’une violation caractérisée de la législation, la loi et le protocole national de l’Organisation nationale des transplantations (ONT) stipulant clairement que :
- les décisions d’euthanasie et de don d’organes doivent être totalement indépendantes, volontaires et révocables à tout moment (même après le début de la procédure d’aide à mourir) ;
- le consentement au don doit être explicite, informé et peut être retiré sans justification à tout moment.
Que s’est-il réellement passé ?
On sait que la meilleure amie de Noelia n’a pas été autorisée par l’hôpital à venir lui dire adieu. Elle voulait « essayer de la faire changer d’avis », ce qui au regard de la législation espagnole ne constitue pas un délit, contrairement à ce que prévoit la loi française sur la fin de vie qui devrait être votée d’ici cet été, et qui constituera alors une exception, aucune autre législation au monde n’interdisant à une personne de dissuader un proche ou un patient de demander à mourir. Pour autant, l’entrée de l’hôpital lui a été refusée.
Le journaliste Didier Maïsto explique que la lettre citée par Me Polonia Castellanos et écrite en 2024 ne reflétait pas un doute ou un regret durables, présents lorsqu’elle a été euthanasiée :
Noelia a elle-même déclaré devant la psychologue et la directrice médicale de l’hôpital qu’elle avait écrit cette lettre sous pression et en état de somnolence : deux jeunes femmes d’une communauté religieuse qu’elle connaissait étaient entrées dans sa chambre et lui avaient dicté le texte alors qu’elle était très endormie/sous médicaments. Elle a immédiatement affirmé qu’elle ne savait pas ce qu’elle écrivait et qu’elle était « totalement décidée » à poursuivre l’euthanasie.
L’avocate du père de Noelia relève toutefois que l’hôpital n’a jamais exprimé de doutes sur sa volonté de mourir, mais qu’il a jugé irrecevables ceux concernant sa détermination à aller au bout de la procédure.
Son père a posté plusieurs vidéos de Noelia sur les réseaux sociaux montrant qu’elle avait recommencé à marcher : on voit une jeune femme combative et souriante, qui semble avoir choisi la vie et non la mort. Aurait-il pu sauver sa fille si elle avait bénéficié d’un traitement et d’un suivi psychiatriques adaptés ? A-t-elle été incitée au contraire à aller au bout de la procédure ?
Grégor Puppinck, le directeur du Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ) a expliqué en début d’année lors du vote de la loi sur l’aide à mourir, comment et pourquoi la législation risquait d’être détournée de son objectif et d’être utilisée comme mesure palliative pour remédier aux pénuries d’organes. Il voit dans le cas de Noelia une confirmation de ses doutes, plusieurs experts qui ont validé sa demande d’euthanasie étant, selon Me Polonia Castellanos, également impliqués dans la coordination du don d’organes :
La première personne qui donne le feu vert pour l’euthanasie de Noelia était impliquée dans la coordination du don d’organes. Après, dans le comité qui a donné le feu vert pour l’euthanasie de Noeia, il y avait plusieurs personnes qui étaient également impliquées dans le don d’organe, et ce n’étaient pas les seules. Il est très probable qu’il y en ait même plus. […]
Toute la famille de Noelia était contre l’euthanasie. Ils reportent par contre des pressions de l’hôpital et de l’entourage médical à cause du nom d’organe, qui était déjà effectivement, quelque part, accordé et donc la famille.
Est-ce ce type de dérive qu’illustre le cas de Noelia ?
L’euthanasie d’une autre jeune femme aux Pays-Bas (Milou, 17 ans) pour des souffrances psychologiques consécutives à deux viols, subis à 13 ans et 16 ans, renforce les doutes exprimés par la famille de Noélia. Le médecin qui a euthanasié Milou, Menno Oosterhoff, et qui aurait prélevé ses organes, a admis qu’il avait pratiqué plusieurs euthanasies suivies de dons d’organes. Si cette pratique n’est pas illégale, les tarifs pratiqués pour la commercialisation des organes permettent de comprendre la valeur inestimable que représentent ces jeunes femmes pour un hôpital, et pour l’ensemble de l’équipe qui réalise le prélèvement.
Les implications concrètes d’une telle pratique permettent quant à elles d’en comprendre l’horreur, puisqu’il s’agit d’anesthésier le patient à son domicile, de le transférer à l’hôpital et de provoquer une simple « mort circulatoire » afin de prélever ses organes alors qu’il est encore vivant, la mort n’étant donnée qu’à l’issue de la procédure.
Il s’agit d’un avertissement très sombre lancé aux parlementaires un peu trop naïfs qui seront à mener à voter le texte sur la fin de vie en début d’été.
