Déclaration

Équipe Le Point Critique | 28 mars 2026

« Ce sera bien pire qu’en 1929 », un professeur iranien alerte sur les conséquences du conflit au Moyen-Orient

Lors d’un entretien avec le politologue Glenn Diesen, professeur norvégien d’affaires internationales russes, le Pr Seyed Mohammad Marandi, ancien conseiller de l’équipe de négociation sur le nucléaire iranien, a alerté il y a quelques jours sur l’ampleur des conséquences attendues du conflit au Moyen-Orient.

À gauche le détroit d'Ormuz, à droite la une de The Economist du 26 mars

L’interview a eu lieu le 23 mars, juste après que Trump menace de détruire les infrastructures vitales de l’Iran et de cibler ses centrales électriques, s’il ne rouvre pas le détroit d’Ormuz sous 48 heures. En réponse, Téhéran a averti qu’il détruirait les installations énergétiques et les usines de dessalement dont dépend la survie des États du golfe, si les États-Unis mettaient leur menace à exécution.

Sur les risques d’une escalade du conflit énergétique

Concernant les risques d’une escalade incontrôlée du conflit, le Pr Seyed M. Marand (université de Téhéran) rappelle que les bombardements du champ gazier de South Pars, la plus grande réserve de gaz de la planète, avaient poussé l’Iran à une « riposte massive », il y a une semaine. Elle s’est concrétisée par des attaques ciblant les infrastructures énergétiques de l’ensemble des pays du Golfe (Qatar, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Koweït), avec pour conséquence une hausse brutale des prix de l’énergie et un basculement du conflit en guerre énergétique mondiale.

La réponse de l’armée iranienne se voulait pour autant un simple avertissement. Se retiendra-t-elle si Trump passe de la parole aux actes, comme elle l’a fait il y a une semaine avec l’attaque symbolique lancée en direction de la centrale de Dimona (qui héberge le cœur du programme nucléaire israélien), en réponse aux bombardements de deux de ses sites nucléaires (Bushehr et Natanz) ?

Si les infrastructures vitales de l’Iran sont détruites, l’Iran détruira tout ce qui se trouve de l’autre côté du golfe Persique, car ces régimes sont tous engagés dans une guerre contre l’Iran. […] Cela signifie que s’ils mènent cette attaque, la crise énergétique deviendra permanente et l’économie mondiale s’effondra et cela aurait des conséquences au-delà de ce que je peux imaginer.
Je peux imaginer des choses horribles, des centaines de millions de personnes en mouvement, la famine, l’effondrement de l’industrie. […]
Si l’Iran est contraint de détruire des infrastructures clé, alors peu importe si les hostilités prennent fin et si l’Iran permet au détroit d’Ormus de rester ouvert, car il n’y aura plus de pétrole ni de gaz à y faire passer, ni de pétrolier pour transporter cette énergie, ces produits pétrochimiques ou quoi que ce soit d’autre.

Sur les risques d’un dérapage nucléaire du conflit

Concernant les risques d’accident nucléaire provoqué par les bombardements israélo-américains dont le Kremlin dénonce aujourd’hui l’irresponsabilité, l’Iran réagirait-il il par des représailles équivalentes si un tel seuil était franchi ? La centrale iranienne de Bushehr a été ciblée pour la troisième fois hier. Or selon le Pr Marandi, de nouveaux bombardements pourraient provoquer une contamination de l’ensemble des hydrocarbures du golfe Persique et engendrer un effondrement de l’économie mondiale d’une ampleur sans commune mesure avec la crise de 1929, a fortiori si le Yémen décide de fermer la mer Rouge et de mettre fin aux exportations restantes de pétrole saoudien :

Ainsi, le régime israélien lui-même ou les Américains détruiraient l’économie mondiale par ce seul geste. […] L’Iran est en mesure de détruire des infrastructures vitales en représailles à toute escalade. […] Je pense que cela coïnciderait avec un effondrement économique mondial sans précédent, bien pire que celui de 1929.
Si les Européens de droite et l’électorat MAGA aux États-Unis se plaignent de l’immigration, alors ils devraient être inquiets. Le flux d’immigrés depuis l’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie sera probablement 20 ou 30 fois plus élevé et cela se produira à un moment où leurs propres économies s’effondreront. […]
La situation s’annonce très sombre. Il n’y a aucun doute là-dessus. Il est impossible de minimiser le caractère catastrophique de la situation. Même si Trump est maîtrisé, même s’il est destitué avant de franchir l’étape finale qui consiste à cibler les infrastructures vitales iraniennes, les dégâts déjà infligés au monde sont très importants et leurs conséquences se feront sentir même si cela prenait fin aujourd’hui, ce qui n’arrivera pas.

Sur l’issue du conflit et ses conséquences pour les Occidentaux

Selon le Pr Marandi, la profonde confusion et l’impuissance exprimées à travers les derniers messages de Trump évoquent les derniers instants du Führer, acculé dans son bunker. En ce sens, ce à quoi nous assistons aujourd’hui est selon lui l’effondrement de l’empire américain, puni d’avoir provoqué une guerre à la fois inutile et sans issue, et plus généralement de l’Occident, qui risque de payer au centuple le fait de s’être coupé de la Russie, de son énergie et de ses engrais :

Je pense que ce que nous voyons, c’est un empire en train de s’effondrer, et l’Iran ne dispose aujourd’hui d’aucune marge de manœuvre. Nous ne pouvons pas faire preuve de la même flexibilité que par le passé. […]
Les Iraniens iront jusqu’au bout. C’est une lutte pour leur survie. […]

La situation peut devenir incontrôlable ici, mais aussi en Europe. Nous parlons beaucoup des usines de dessalement, c’est-à-dire de l’eau, des sites énergétiques, car l’énergie est essentielle, mais aussi des engrais. Les Européens ont bloqué ceux en provenance de Russie et de Biélorussie pour les empêcher d’accéder aux marchés mondiaux. Or maintenant, alors que toute la région du Moyen-Orient à l’arrêt, cela va provoquer une énorme crise alimentaire.
Si l’on essaie de prévoir comment les conflits se propagent, il y a tellement d’inconnues qu’il n’y a plus aucun moyen de prédire où tout cela va mener, car cela aura un impact sur chaque recoin de la planète.
Quand l’énergie viendra à manquer, quand la nourriture viendra à manquer, chaque région sensible du monde pourrait alors sombrer dans le chaos. C’est totalement irresponsable. Et pourtant, les médias s’accrochent encore au récit selon lequel nous sommes là pour libérer les Iraniens. […]
Ce qui peut nous mener au désastre – et le monde au désastre – c’est l’arrogance de l’Occident. Cette arrogance les empêche de prendre conscience qu’ils sont au bord de l’effondrement et que tout est sur le point de s’achever – tout ce que nous connaissions.
Mais si cette prise de conscience se produit, peut-être que le pire pourra encore être évité.

Il est simple de relativiser l’alarmisme du Pr Marandi en l’interprétant comme la projection d’une victoire militaire et morale de l’Iran sur l’Occident, désigné aujourd’hui par l’ensemble du monde arabo-musulman comme la « coallition Epstein », tant il est impossible d’exclure que les États-Unis aient décidé d’attaquer l’Iran à la demande d’Israël pour tenter d’étouffer cette affaire. Peut-être, mais cette victoire est aujourd’hui prédite, ou a minima considérée comme crédible par de nombreux observateurs, notamment The Economist, dont la dernière une consacre l’échec de la stratégie israélo-américaine, et d’une certaine façon, son arrogance :

Un mois de bombardements en Iran n’a rien donné. Donald Trump va-t-il intensifier les hostilités ou privilégier le dialogue ? Pour l’instant, du moins, l’avantage est du côté de la République islamique.

https://x.com/TheEconomist/status/2037126183649689877?s=20

La même analyse est aujourd’hui partagée par la Banque centrale européenne, dont la présidente, Christine Lagarde, a averti hier que la guerre en Iran avait déjà causé des dégâts qui pourraient « durer des années ».

Quelle que soit l’issue du conflit, qui coïncide pour l’Iran à l’expulsion des Américains de leurs bases au Moyen-Orient et à la fin de l’hégémonie du dollar, elle semble déjà en partie actée à la faveur du blocage du détroit d’Ormuz et l’imposition d’un droit de passage pour les pétroliers, payable exclusivement en yuan.

Les médias occidentaux et israéliens commencent également à évoquer une possible défaite de la coalition israélo-américaine, faute de munitions, de systèmes de défense et d’hommes face à une armée iranienne dont d’aucuns prédisent qu’elle disposerait de réserves de missiles abondantes et d’armes de technologie avancée.

Rassurons-nous, Emmanuel Macron était hier à Disneyland, heureux comme un enfant dans un magasin de jouets la veille de Noël, pour inaugurer l’ouverture du nouveau village de La Reine des neiges à Disneyland, où il a visiblement cherché à transmettre un message à de mystérieux interlocuteurs.

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