Changement de régime

Équipe Le Point Critique | 24 mars 2026

Ingérence électorale : le téléphone du ministre hongrois des Affaires étrangères placé sur écoute par un service de renseignement européen

Un document audio révèle que les services de renseignement extérieur d’un pays de l’UE auraient placé sur écoute le téléphone du ministre hongrois des Affaires étrangères et du Commerce, Péter Szijjártó, avec la complicité d’un journaliste d’investigation affilié au parti d’opposition Tisza, représenté par le candidat pro-UE Péter Magyar.

Péter Szijjártó, ministre hongrois des Affaires étrangères et du Commerce

La presse hongroise dévoile ce lundi un enregistrement audio mettant en scène le journaliste d’investigation Szabolcs Panyi, dans lequel il admet avoir partagé le numéro de téléphone du ministre hongrois des Affaires étrangères et du Commerce, Péter Szijjártó. Ni le nom du pays ayant organisé cette opération clandestine ni la date à laquelle celle-ci a été commanditée ne sont révélés dans la bande, mais l’information est particulièrement troublante puisque Bruxelles a déployé son nouveau dispositif de censure il y a quelques jours pour lutter contre une ingérence russe dans la campagne électorale. Selon le média Hungarian Conservative :

Dans la conversation, Panyi déclare qu’il a fourni « deux chiffres » et fait référence à un système capable de suivre les communications – « qui appelle qui et quand » – suggérant une surveillance potentielle des contacts du ministre des Affaires étrangères. Panyi a refusé de nommer le pays impliqué, ajoutant qu’ils avaient accès aux métadonnées liées aux communications du ministre hongrois des Affaires étrangères.

Si l’authenticité de l’enregistrement est confirmée, ce qui n’est pas encore le cas, il s’agirait d’une preuve inédite de l’ingérence de Bruxelles dans une campagne électorale, dont on sait aujourd’hui qu’il s’agit d’une pratique institutionnalisée, le renseignement américain ayant dénombré 8 scrutins impliquant 6 pays dans lesquels la Commission européenne est intervenue pour écarter un candidat ne soutenant pas le programme de l’UE et/ou de l’OTAN. Le procédé demeure toutefois en substance le même que celui observé lors des précédentes manipulations des scrutins nationaux.

Szabolcs Panyi est en effet le personnage principal du contre-scénario imaginé par Bruxelles pour couvrir cette opération. C’est lui qui est à l’origine des accusations d’une ingérence supposée de la Russie en faveur du parti de Viktor Orbán (Fidesz) et du récit remettant plus largement en question la légitimité des prochaines élections hongroises. Ses liens avec le milliardaire George Soros, dont le tentaculaire réseau d’influence trouve son berceau en Hongrie, sont parfaitement documentés, au même titre que la haine légendaire que chacun des deux hommes voue à Viktor Orbán. Il collabore régulièrement avec le média Direkt36 et est l’actuel rédacteur en chef des enquêtes pour l’Europe centrale au sein de VSquare, un autre média d’investigation abondamment financé par l’agence américaine USAID, qui a nourri pendant des années le réseau Soros, avant son démantèlement l’an dernier, et dont l’ex-ambassadrice a confirmé qu’elle était un acteur clé des changements de régime en Europe :

Après tout cela, il est presque redondant de souligner que Direkt36 est financé depuis des années par des organisations soutenues par le milliardaire américain d’origine hongroise George Soros. Szabolcs Panyi […] a également reçu le prix Transparency International, qui est financé par le spéculateur milliardaire.

https://www.hungarianconservative.com/articles/opinion/information-office-intelligence-george-soros-fake-news-hungary/

Comme ce fut le cas en Roumanie, où Bruxelles est allée jusqu’à faire annuler l’élection présidentielle, avec le soutien actif de la France, aucune preuve d’une telle ingérence de la Russie n’a jamais pu être établie. A contrario, et probablement comme en Hongrie, celle d’une manipulation du scrutin par le parti européiste était en revanche établie au moment de l’élection :

En mars, Panyi a allégué que des officiers du renseignement militaire russe avaient été déployés en Hongrie pour soutenir la campagne d’Orbán. Le rapport s’appuyait sur des sources de renseignement anonymes et ne fournissait aucune preuve pour étayer la réclamation. Néanmoins, il a été repris par Politico Brussels, The Financial Times, The Telegraph et d’autres médias occidentaux.
Depuis, cet article est devenu un élément central du discours de l’opposition à Orbán, tant au niveau national qu’européen. Ce week-end, le Washington Post a publié un article similaire, accusant la Russie d’avoir mis en scène un faux complot d’assassinat contre Orbán afin de renforcer son soutien avant les élections d’avril, et d’avoir divulgué des informations confidentielles de l’UE à Moscou. Ces deux allégations s’appuient sur des sources anonymes issues des services de renseignement et ne sont étayées par aucune preuve vérifiable.

L’article du Washington Post, publié deux semaines après la conférence de presse où Volodymyr Zelensky a proféré des menaces de mort à l’encontre de son homologue hongrois et quelques jours après celles adressées par un général ukrainien à l’encontre de Viktor Orbán et de sa famille, est un modèle chimiquement pur de complotisme.

L’article évoque un document interne du Service de renseignement extérieur russe (SVR), non consultable par le lecteur, mais dont le journal affirme qu’il aurait été authentifié par un service de renseignement européen, supposé démontrer la simulation d’un projet d’assassinat élaborée dans l’ombre par Moscou alors qu’il a été revendiqué, et donc parfaitement assumé par les représentants de l’État ukrainien. L’objectif de ce complot russo-hongrois serait de relancer la popularité de Viktor Orbán et d’introduire une dimension émotionnelle dans la campagne visant à éluder les questions socio-économiques supposées embarrassantes pour le Premier ministre.

L’élément le plus accablant de l’enregistrement est la confirmation des liens entre Szabolcs Panyi et le parti d’opposition hongrois Tisza, représenté par Péter Magyar, le candidat de Kiev et de Bruxelles. Le journaliste y décrit Anita Orbán, la future ministre des Affaires étrangères en cas de victoire de Péter Magyar et membre du Conseil européen des relations extérieures, comme une « quasi amie », faisant référence à la coopération de campagne passée et aux liens professionnels en cours. Il suggère par ailleurs qu’il aurait une influence déterminante sur le choix des membres du prochain gouvernement en cas de défaite de Viktor Orbán.

L’objectif de ce dispositif apparaît clairement comme une volonté de confiscation, par Bruxelles via un pays tiers de la souveraineté hongroise. L’enregistrement fait en effet « allusion à la possibilité d’accéder à l’avenir à des documents ministériels sensibles grâce à ces relations, en laissant entendre qu’un tel accès pourrait être facilité en cas de changement de gouvernement ».

En français, cela s’appelle un changement de régime ou un coup d’État.

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