Escalade virtuelle
La Russie ripostera-t-elle en cas d’attaque nucléaire sur l’Iran perpétrée par Israël ?
Une déclaration des autorités iraniennes, affirmant en 2025 que le Pakistan riposterait en utilisant l’arme nucléaire en cas d’attaque de ce type par Israël, refait surface à la faveur de l’escalade du conflit entre Israël et l’Iran. Elle fait écho à la prédiction d’un ancien conseiller à la Défense des États-Unis concernant une possible riposte nucléaire de la Russie.

En juin 2025, le général Mohsen Rezae, un officier supérieur du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et membre du Conseil de sécurité nationale iranien, avait déclaré que le Pakistan lancerait une attaque nucléaire contre Israël s’il larguait une bombe atomique contre l’Iran :
Le Pakistan nous a assuré que si Israël utilise une bombe nucléaire sur l’Iran, il attaquera Israël avec une bombe nucléaire.
Cette déclaration, invalidée par des responsables pakistanais ; est intervenue au lendemain de la prise pour cible d’une installation nucléaire au sud-est de Téhéran par des frappes aériennes israélo-américaines lors de la guerre de douze jours qui a opposé l’Iran et Israël en juin 2025.
Selon Indian Today à qui nous avons demandé de confirmer la plausibilité d’une telle riposte, bien qu’aucun rapport officiel ne confirme une telle déclaration, les récentes informations des services de renseignement et les développements géopolitiques mettent en évidence le Pakistan comme une menace nucléaire importante dans le contexte du conflit actuel au Moyen-Orient. Le Rapport d’évaluation annuelle des menaces édité par le renseignement national américain en mars 2026 a récemment classé le Pakistan, aux côtés de la Russie et de la Chine, parmi les principales préoccupations nucléaires des États-Unis.
Le Pakistan aurait signé un accord stratégique de défense mutuelle avec l’Arabie saoudite, qui obligerait potentiellement Islamabad à fournir un bouclier nucléaire au royaume. Dans le contexte actuel, certains rapports indiquent que le Pakistan pourrait déployer son arsenal si l’Arabie saoudite était menacée par des adversaires régionaux.
Quid de la Russie, accusée aujourd’hui d’être impliquée dans le conflit via la fourniture de renseignements à l’Iran, notamment des images satellites et des technologies de drones ?
Selon le colonel Douglas Macgregor, un vétéran de combat et ancien conseiller principal du secrétaire à la Défense des États-Unis, il est inconcevable que la Russie n’ait pas d’ores et déjà mis en garde Israël contre une riposte nucléaire en cas d’attaque de l’Iran.
Tout ceci demeure hautement spéculatif, la Chine et la Russie s’étant abstenues lors d’un vote au Conseil de sécurité des Nations unies (résolution 2817, adoptée le 11 mars 2026) visant à condamner les attaques iraniennes contre plusieurs États du Golfe et la Jordanie. La Chine et la Russie ont décidé de ne pas se prononcer, estimant le texte « déséquilibré » car il ne mentionnait que les actions iraniennes sans citer ni condamner les frappes initiales américaines et israéliennes contre l’Iran. Ce faisant, elles ont choisi de ne pas utiliser leur droit de veto, permettant l’adoption de la résolution.
La possibilité que Tel-Aviv utilise l’arme atomique contre Téhéran est en revanche prise très au sérieux dans le contexte actuel. La doctrine israélienne Samson (Samson Option) prévoit qu’en cas de menace existentielle imminente (invasion massive, destruction de l’État, pertes civiles catastrophiques malgré les défenses conventionnelles), Israël puisse recourir à une riposte nucléaire massive contre ses ennemis ou potentiellement d’autres cibles régionales ou mondiales :
La pensée stratégique israélienne a longtemps été façonnée par la peur d’une menace existentielle. Contrairement à la plupart des États nucléaires, dont les doctrines tournent autour de la dissuasion ou de la concurrence avec d’autres puissances nucléaires, le récit sécuritaire d’Israël est enraciné dans la croyance que le pays pourrait être détruit si une guerre se retourne de manière décisive contre lui.
https://www.aljazeera.com/amp/opinions/2026/3/22/why-the-world-should-worry-about-israels-nuclear-doctrine
Cette doctrine refait surface depuis mars 2026, a fortiori depuis l’attaque iranienne contre la zone de Dimona réputée héberger le principal site nucléaire israélien présumé – ce qu’a confirmé Israël. Selon le journaliste pakistanais Ghulam Nabi Madni, les médias iraniens auraient diffusé une vidéo de répétition d’une frappe de missile sur la centrale nucléaire de Dimona et auraient envoyé le message suivant : « Israël, ne soyez pas stupides ! »
Le Premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, et le porte-parole de Tsahal, Olivier Rafowicz, répètent tous les deux que l’Iran représente une menace existentielle pour Israël et le monde s’il acquiert l’arme nucléaire, Olivier Rafowicz refusant d’exclure toute option pour protéger Israël. Plus inquiétant, Al Jazeera publie ce dimanche un article (Pourquoi le monde devrait s’inquiéter de la doctrine nucléaire d’Israël ?), qui estime que « Le seuil fixé par les autorités israéliennes pour l’utilisation d’une arme nucléaire est dangereusement bas » :
Pendant des décennies, le monde a traité l’arsenal nucléaire d’Israël comme un secret gênant – quelque chose que tout le monde sait exister, mais peu sont prêts à discuter ouvertement. Israël n’a jamais reconnu officiellement posséder des armes nucléaires, mais il est largement compris parmi les experts en sécurité que le pays maintient une capacité nucléaire importante.
Les estimations d’institutions telles que l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm suggèrent qu’Israël possède environ 80 têtes nucléaires, ainsi que des systèmes de livraison qui pourraient inclure des avions et des missiles balistiques. La politique régissant cet arsenal est connue sous le nom d’« opacité nucléaire ». Israël ne confirme ni ne nie l’existence de ses armes. Dans la pratique, cette ambiguïté a permis à la communauté internationale d’éviter de se poser une question difficile : dans quelles circonstances Israël les utiliserait-il réellement ?
Selon Al Jazeera, elle se pose aujourd’hui de façon suffisamment sérieuse pour inciter à l’action les États chargés de prévenir un Armageddon nucléaire, ce qui pourrait être le sens d’un hypothétique appel de Vladimir Poutine à son homologue israélien.
