Come-back

Équipe Le Point Critique | 23 mars 2026

L’AIE préconise d’instaurer des confinements énergétiques pour limiter l’impact de la crise au Moyen-Orient

Alors que le conflit au Moyen-Orient s’annonce déjà comme la plus grave crise énergétique que le monde ait connu, l’Agence internationale de l’énergie publie une liste de mesures visant à réduire la demande en hydrocarbures. Le mot n’est pas utilisé, mais c’est en substance une version énergétique des confinements imposés durant la pandémie de COVID-19 que préconise l’agence.

Usine pétrochimique, Thaïllande
© iStock/Aniwat Phromrungsee

L’Agence internationale de l’énergie (IEA), une organisation intergouvernementale autonome composée de 32 pays, créée en 1974 lors du premier choc pétrolier, a publié vendredi un rapport de 23 pages détaillant une liste de dix mesures pouvant être mises en œuvre par les gouvernements, les entreprises ou les ménages afin d’atténuer les conséquences du choc énergétique provoqué par le conflit au Moyen-Orient.

Le rapport explique que la guerre déclenchée fin février par le bombardement de l’Iran est à l’origine de « la plus grande perturbation de l’approvisionnement de l’histoire du marché mondial du pétrole ». Face à cette situation exceptionnelle, des mesures du même ordre s’imposeraient donc.

Les pays membres de l’Agence ont déjà convenu le 11 mars de libérer 400 millions de barils de pétrole de leurs réserves d’urgence, soit un tiers des 1,2 milliard de barils détenus, mais cette mesure ne concerne que l’offre et ne suffira pas à absorber le choc énergétique qui se profile. Les actions préconisées dans le rapport visent à moduler la demande afin de « réduire la pression exercée sur les consommateurs en améliorant l’accessibilité financière et en renforçant la sécurité énergétique ».

Les mesures immédiates préconisées par l’IEA pour réduire la demande en hydrocarbures

Les contre-mesures énergétiques préconisées par l’Agence incluent par ordre d’importance :

1. Télétravailer dans la mesure du possible

2. Abaisser les limitations de vitesse sur autoroute d’au moins 10 km/h

3. Encourager les transports en commun

4. Alterner l’accès des voitures particulières aux routes dans les grandes villes selon les jours

5. Développer le covoiturage et adopter des pratiques de conduite efficaces

6. Adopter une conduite efficace pour les véhicules utilitaires routiers et la livraison de marchandises

7. Réorienter l’utilisation du GPL hors du secteur des transports

8. Éviter les voyages en avion lorsqu’il existe des alternatives

9. Dans la mesure du possible, opter pour d’autres solutions de cuisson modernes, notamment la cuisson électrique

10. Tirer parti de la flexibilité offerte par les matières premières pétrochimiques et mettre en œuvre des mesures d’efficacité et d’entretien à court terme

Un air de déjà-vu ?

Selon le rapport, plusieurs pays auraient déjà annoncé des mesures pour encourager le travail à domicile : semaine de 4 jours pour les fonctionnaires aux Philippines et au Pakistan, fermeture des bureaux publics le mercredi au Sri Lanka, promotion active du télétravail au Laos, en Thaïlande et au Vietnam.

Nous attendions avec impatience les confinements climatiques, nous devrions adorer les confinements énergétiques, en espérant qu’ils créent moins de ravages que ceux imposés pendant le COVID.

L’impact des confinements sanitaires analysé par The Telegraph

Pour ceux qui auraient oublié le mal qu’ils ont causé à l’ensemble des sociétés, The Telegraph a publié en fin de semaine deux articles concernant les ravages des contre-mesures sanitaires adoptées durant la pandémie.

Le premier concerne la consigne « Rester chez soi peut sauver des vies », dont le bilan a été tiré à l’occasion de l’Enquête britannique sur le COVID-19. Elle aurait coûté des milliers de vies par carence de soins, report de dépistages et retards de prise en charge en cas d’accident cardio-vasculaire.

Le message public « Restez chez vous, protégez le NHS, sauvez des vies » a peut-être involontairement donné l’impression que les services de santé étaient fermés, ce qui a contribué à une baisse de la fréquentation, même pour des urgences mettant la vie en danger telles que les crises cardiaques.
En 2020, on a recensé environ 4 725 diagnostics de cancer colorectal de moins que prévu à l’échelle du Royaume-Uni.
De mars à décembre 2022, on a dénombré 1 630 décès supplémentaires dus au cancer colorectal et au cancer de l’anus. Le nombre réel de décès supplémentaires restera inconnu pendant des années, car les données sur les taux de survie à cinq ans ne sont pas encore disponibles.
Le nombre de décès par crise cardiaque a augmenté, et l’état de santé des personnes nécessitant une prothèse de hanche s’est détérioré au point que la chirurgie n’était plus envisageable.
Le retard dans l’accès des enfants et des jeunes aux services de santé mentale a également entraîné une augmentation marquée de la gravité de leurs troubles.

Le second article explique comment la Grande-Bretagne n’a toujours pas pansé, six ans plus tard, les plaies des fameux lockdowns.

Pourtant, le confinement reste le fait marquant de nos vies ; il explique non seulement nos niveaux catastrophiques d’imposition, d’inflation et d’endettement, mais aussi la flambée des demandes d’aide sociale, l’augmentation des vols à l’étalage et des déchets sauvages, la baisse du niveau scolaire, voire la hausse de l’immigration. Il est à l’origine de notre faible productivité, de notre mépris de la loi et de notre recul dans les classements mondiaux. C’est une présence menaçante et malveillante, toujours présente, mais jamais reconnue. […]
Après avoir passé près de deux ans à consommer sans produire, et à imprimer de la monnaie pour combler le déficit, nous avons provoqué une flambée des prix. L’inflation a atteint un pic de 11,1 % en 2022 et n’est toujours pas revenue aux niveaux d’avant la pandémie. Cela ne devrait surprendre personne, mais la nature humaine étant ce qu’elle est, nous préférons rejeter la faute sur les responsables politiques plutôt que sur les 93 % de la population qui souhaitaient le confinement. […]
Dans le même temps, l’anomie de ces années a détruit le contrat social : d’où la recrudescence post-pandémique des comportements antisociaux et du vol à l’étalage, également alimentée par le nombre d’enfants qui ont cessé d’aller à l’école, souvent parce que leurs mères prétendent qu’ils suivent un enseignement à domicile.
Même la crise migratoire, qui est à l’origine de nos mécontentements actuels, a été déclenchée par le confinement. Lorsque les magasins et les restaurants ont rouvert, les gens ne sont pas retournés au travail. Que ce soit parce que la campagne de peur avait été trop efficace, parce que les indemnités de chômage partiel étaient trop généreuses, ou simplement parce qu’ils avaient décidé de vivre autrement, les gens ont refusé de reprendre les emplois qu’ils occupaient auparavant.

La même cause produira-t-elle les mêmes effets ? Il est douteux de croire que non, mais à la différence près que cette fois, il n’y aura pas d’argent magique.

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