Ormuzgate
Menaces de la Maison-Blanche, une vingtaine de pays désormais prêts à intervenir dans le détroit d’Ormuz
Huit jours après avoir adressé une fin de non-recevoir au président américain, une vingtaine de pays, dont la France, ont signé ce samedi une déclaration dans laquelle ils se déclarent prêts à contribuer aux efforts nécessaires à la réouverture du détroit d’Ormuz.

Donald Trump a annoncé le 14 mars que la marine américaine commencerait à escorter prochainement des pétroliers dans le détroit d’Ormuz, dont l’Iran a bloqué sélectivement l’accès au début du mois, seule une vingtaine de navires (principalement chinois, indiens ou iraniens) ayant été autorisés à l’emprunter depuis cette date. Il appelle depuis une semaine les pays occidentaux à soutenir militairement l’opération visant à libérer ce point de passage stratégique pour les exportations de pétrole, dont un cinquième des flux mondiaux transite par le détroit, de gaz (GNL) et de différents produits issus de l’industrie pétrochimique (engrais, médicaments).
Historique de l’Ormuzgate
Entre le 14 et le 16 mars, Donald Trump a publié une série de messages, sur son réseau social (Truth Social) ou via des déclarations officielles dans le but de rassembler une coalition de pays pour rouvrir le détroit d’Ormuz.
Le 14 mars, il affirme que de nombreux pays « enverront des navires de guerre, en collaboration avec les États-Unis d’Amérique, afin de maintenir le détroit ouvert et sécurisé ». Dans un second message posté le même jour, il explique que Washington aidera de façon conséquente les pays du monde qui s’approvisionnent en pétrole via le détroit d’Ormuz, dont la sécurité leur incomberait à ce titre :
Les États-Unis d’Amérique ont vaincu et complètement anéanti l’Iran, tant sur le plan militaire qu’économique et à tous les autres égards, mais les pays du monde qui s’approvisionnent en pétrole via le détroit d’Ormuz doivent veiller à la sécurité de ce passage, et nous les aiderons — ÉNORMÉMENT ! Les États-Unis coordonneront également leurs efforts avec ces pays afin que tout se passe rapidement, sans heurts et pour le mieux. Cela aurait toujours dû être un effort collectif, et ce sera désormais le cas – cela unira le monde vers l’harmonie, la sécurité et une paix éternelle ! Le président DONALD J. TRUMP
https://truthsocial.com/@realDonaldTrump/116229058692001771
En marge de ces déclarations, les États-Unis ont ordonné une série de frappes sur les installations militaires de l’île de Kharg visant à convaincre l’Iran de renoncer à bloquer le détroit d’Ormuz, Washington ayant laissé entendre qu’il pourrait déployer des troupes au sol afin de prendre le contrôle de l’île d’où 80 à 90 % du pétrole iranien est actuellement exporté.
Le 16 mars, Donald Trump déclare dans le Financial Times qu’il s’attend à ce que la Chine s’engage à rouvrir le détroit d’Ormuz avant son voyage à Pékin, programmé en fin de mois, menaçant de le reporter dans le cas contraire. Il affirme à cette occasion que l’OTAN s’expose à « un très mauvais avenir » si les pays membres refusent d’aider leur allié à ouvrir le détroit d’Ormuz.
La chef de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, répond le même jour au président américain à l’issue d’une réunion exceptionnelle des ministres de l’UE : « Personne ne veut participer activement à cette guerre. » La décision est prise de ne pas étendre le mandat de l’opération Aspides, créée en 2024 pour escorter et protéger les navires ciblés par des attaques, notamment dans le golfe Persique, et qui ne disposent pas de moyens navals suffisants pour mener une telle mission. D’autres refus sont exprimés par les chancelleries allemande, danoise, japonaise, australienne et britannique, la France n’excluant pas d’intervenir, mais uniquement « après la sortie de la phase la plus chaude du conflit », lorsque le détroit sera sécurisé :
Nous sommes en train de mettre en place […] une mission purement défensive, purement d’accompagnement […] qui a vocation à permettre, dès que cela sera possible après la sortie de la phase la plus chaude du conflit, l’escorte de porte-conteneurs et de tankers pour rouvrir progressivement le détroit d’Ormuz.
https://www.latribune.fr/article/economie/international/10478096953965/emmanuel-macron-annonce-une-mission-defensive-pour-rouvrir-le-detroit-d-ormuz
Le 17 mars, le président américain prend acte de la fin de non-recevoir adressée par les pays de l’OTAN et de l’UE dont il estime que la prétendue victoire militaire remportée contre l’Iran a démontré que les États-Unis n’avaient besoin de personne pour atteindre leurs objectifs de guerre :
La plupart de nos « alliés » de l’OTAN ont fait savoir aux États-Unis qu’ils ne souhaitaient pas s’impliquer dans notre opération militaire contre le régime terroriste iranien au Moyen-Orient, et ce, bien que presque tous les pays aient fermement approuvé notre démarche et qu’il soit hors de question, sous quelque prétexte que ce soit, de laisser l’Iran se doter de l’arme nucléaire. Je ne suis toutefois pas surpris par leur réaction, car j’ai toujours considéré l’OTAN, où nous dépensons des centaines de milliards de dollars par an pour protéger ces mêmes pays, comme une voie à sens unique : nous les protégeons, mais ils ne font rien pour nous, en particulier en cas de besoin. Heureusement, nous avons décimé l’armée iranienne […] Compte tenu de ce succès militaire, nous n’avons plus « besoin » ni envie de l’aide des pays de l’OTAN — NOUS N’EN AVONS JAMAIS EU BESOIN ! Il en va de même pour le Japon, l’Australie ou la Corée du Sud. En fait, en tant que président des États-Unis d’Amérique, de loin le pays le plus puissant au monde, NOUS N’AVONS BESOIN DE L’AIDE DE PERSONNE ! Je vous remercie de l’attention que vous porterez à cette question. Le président DONALD J. TRUMP
https://truthsocial.com/@realDonaldTrump/116245182325726375
S’en suivra une série de déclarations amères, mercredi dernier et ce vendredi, où Donald Trump a fustigé la déloyauté et la lâcheté des pays membres de l’OTAN, qu’il a menacé à mots couverts de représailles en réponse à leur inaction :
Sans les États-Unis, l’OTAN N’EST QU’UN TIGRE DE PAPIER ! Ils n’ont pas voulu se joindre à la lutte pour empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire. Maintenant que cette bataille est GAGNÉE sur le plan militaire, sans qu’ils aient couru le moindre risque, ils se plaignent des prix élevés du pétrole qu’ils sont contraints de payer, mais refusent de contribuer à l’ouverture du détroit d’Ormuz, une simple manœuvre militaire qui est la seule et unique cause de ces prix élevés. C’est pourtant si facile pour eux, avec si peu de risques. Ce sont des LÂCHES, et nous nous en SOUVIENDRONS ! Le président DONALD J. TRUMP
https://truthsocial.com/@realDonaldTrump/posts/116261796648776538
Revirement des pays occidentaux
Les menaces de Trump à l’encontre des pays de l’OTAN sont intervenues après que sept pays alliés des États-Unis ont finalement exprimé, dans une déclaration commune, leur soutien à une coalition potentielle pour rouvrir l’accès du détroit aux navires commerciaux et aux pétroliers. Le Royaume-Uni aurait joué un rôle clé dans ce revirement qui a permis de rallier l’Italie, l’Allemagne, les Pays-Bas, le Japon, le Canada et la France. Selon le média Axios, le secrétaire général de l’OTAN et le Premier ministre britannique Keir Starmer se seraient entretenus jeudi matin avec Emmanuel Macron, et l’auraient « convaincu de lever son opposition à la déclaration politique de soutien ».
Ce sont finalement plus de 20 pays, dont une majorité d’Européens, qui seraient aujourd’hui « prêts à contribuer aux efforts » nécessaires à la réouverture du détroit. La déclaration commune publiée ce samedi inclut par ailleurs la Corée du Sud, la Nouvelle-Zélande, l’Australie et Bahreïn parmi ses signataires. Toutefois, comme la précédente déclaration, elle « ne formalise cependant pas ouvertement l’envoi de forces armées vers Ormuz. Le communiqué commun n’évoque pas l’option militaire, mais une contribution “aux efforts” pour débloquer le détroit, sans en préciser les modalités », indiquent Les Échos.
Ultimatum américain
Le président américain a donné samedi à l’Iran un délai de 48 heures pour rouvrir le détroit d’Ormuz, faute de quoi il a menacé que les États-Unis commenceraient à détruire les centrales électriques iraniennes.
La veille, il avait pourtant évoqué la possibilité de mettre fin à la guerre sans rouvrir le détroit, laissant à la coalition alliée la responsabilité de trouver une issue à ce « bourbier économique », pour reprendre les termes d’Axios.
