Vassalisation

Équipe Le Point Critique | 22 mars 2026

Du malheur d’être Européen aujourd’hui

Le haut diplomate Jospeh Borell a dénoncé lundi la soumission de la Commission européenne aux intérêts américains et israéliens. Lâcheté, trahison, coup d’État… ces mots ne sont pas ceux utilisés par le diplomate, mais c’est bien ce dont il accuse Ursula von der Leyen.

Joseph Borrell

L’ancien vice-président de la Commission européenne, Joseph Borrell, s’est exprimé lundi dans Politico pour dénoncer la passivité de l’Europe dans l’actuel conflit au Moyen-Orient et la manière dont la Commission européenne sacrifie les intérêts de l’UE au profit d’Israël et des États-Unis.

L’actuel président du Centre de Barcelone pour les affaires internationales, qui fut entre 2014 et 2024 le bras droit de l’actuelle présidente de la Commission européenne reproche à Bruxelles de ne pas avoir dénoncé les « violations du droit international » commises par les États-Unis dans le cadre de la guerre menée contre l’Iran, dont il estime qu’elle « est illégale en vertu du droit international [et] non justifié par une menace imminente comme certains l’ont prétendu ».

Il accuse en outre Ursula von der Leyen d’outrepasser régulièrement ses fonctions, comme elle l’a fait l’été dernier avec le pacte commercial conclu entre les États-Unis et l’Europe, qu’elle a négocié seule avec Washington, à l’encontre des intérêts économiques de l’UE. La présidente avait en effet donné son accord pour l’imposition de 15 % de droits de douane sur les produits européens exportés vers les États-Unis et pour une réduction asymétrique des taxes appliquées sur les importations américaines, sans opposer la moindre résistance.

Selon Joseph Borrell, cette prise de pouvoir se poursuit aujourd’hui sur le plan de la politique étrangère, dont le traité fondamental de l’UE « stipule clairement qu’elle ne relève pas de la compétence de la Commission européenne » (article 17 du Traité sur l’Union européenne), et se concrétise par une soumission de la présidente aux intérêts géopolitiques américains et israéliens, en dépit de leurs conséquences dramatiques sur le plan énergétique, et donc économique :

« Elle est systématiquement biaisée en faveur des États-Unis et d’Israël », a-t-il poursuivi, malgré le fait que l’Europe « souffrait des conséquences en termes de prix de l’énergie, alors que [les États-Unis. Le président Donald] Trump joue que c’est bon pour les États-Unis parce qu’ils sont exportateurs de pétrole.

https://www.politico.eu/article/eu-losing-credibility-by-not-standing-up-to-donald-trump-former-top-diplomat-blasts-josep-borrell

La charge de l’ancien diplomate fait référence aux récentes positions exprimées par la présidente de la Commission européenne, le 9 mars 2026, dans le cadre de son discours à la Conférence des ambassadeurs de l’UE où elle a appelé l’Europe à « s’adapter à un ordre mondial chaotique et coercitif » plutôt qu’à dénoncer les violations du droit international qui le fragilisent aujourd’hui :

L’Europe ne peut plus être la gardienne de l’ordre mondial d’antan, d’un monde qui a disparu et qui ne reviendra pas.
Nous défendrons et maintiendrons toujours le système fondé sur des règles que nous avons contribué à construire avec nos alliés, mais nous ne pouvons plus compter sur lui comme seul moyen de défendre nos intérêts ou de supposer que ses règles nous protégeront des menaces complexes auxquelles nous sommes confrontés.

https://www.euronews.com/my-europe/2026/03/09/von-der-leyen-and-kallas-call-on-europe-to-adapt-to-chaotic-coercive-world-order

Cette déclaration a provoqué un tollé parmi les parlementaires, qui reprochent à la Commission d’avoir refusé de condamner explicitement les frappes américaines et israéliennes sur l’Iran et le Liban, au nom d’un réalisme inaudible dans le contexte actuel, la présidente ayant rappelé lors de ce discours l’attachement de l’Europe à la paix alors qu’elle se bat aujourd’hui pour renforcer les capacités militaires de l’Ukraine et retarder l’issue du conflit entre Kiev et Moscou.

Bien que le Parlement européen ait approuvé le 11 février 2026 un paquet législatif permettant l’octroi d’un prêt de 90 milliards d’euros destiné à couvrir les besoins budgétaires et de défense de l’Ukraine pour 2026-2027, 140 députés sur 502 (27 %) ont voté contre cette résolution dont ils considèrent qu’elle fait obstacle à la paix.

La guerre en Iran est sur ce principe un excellent révélateur de l’hypocrisie de l’exécutif européen concernant son prétendu attachement au droit et à la paix, l’illusion que Bruxelles œuvre pour une résolution du conflit en Ukraine reposant exclusivement sur le fait qu’elle se soit donné pour mission de faire respecter à tout prix le droit international. Ne pas s’indigner aujourd’hui montre clairement que les ressorts de son soutien aux ressources de défense sont ailleurs, en l’occurrence dans sa fascination ou son intéressement à la guerre.

S’il fallait se convaincre que c’est bien ce dont il s’agit, la présidente de la Commission et la chef de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, ont chacune martelé que la guerre en Iran ne devait pas faire oublier celle qui touche actuellement l’Ukraine (Emmanuel Macron ne dit d’ailleurs pas autre chose), toute remise en cause de la fin des importations de gaz et de pétrole russes ayant été formellement exclue, malgré la crise énergétique qui s’annonce pourtant majeure.

Non moins inquiétant, les scandales de corruption stratosphériques révélés il y a six mois, qui devraient alerter tout banquier sur l’intégrité de son client et sur la destination de ses fonds, ne sauraient remettre en cause le soutien à Kiev alors qu’on sait pertinemment qu’une part potentiellement considérablement élevée de cette aide n’atteint jamais son but. Cette transparence des flux financiers est pourtant une obsession des institutions financières de l’Europe, puisque l’objectif du futur euro numérique qu’elle prévoit d’imposer est de lui permettre de contrôler l’utilisation du moindre centime des Européens, considéré a priori comme suspect, et d’imposer une justification pour tout retrait supérieur à 1 000 €.

Comment comprendre dans ce contexte que 35 parlementaires exigent que la Hongrie restitue à la banque d’État ukrainienne Oschadbank les 82 milliards de dollars transitant entre l’Autriche et l’Ukraine, qu’elle a intercepté récemment, et qu’elle renonce sur ce principe à mener une enquête pour blanchiment d’argent ?

Il n’y a malheureusement qu’une seule réponse à cette question et tout le monde la connaît.

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