Saut technologique
L’Europe désormais à portée de tir de missiles iraniens
Deux tirs de missiles balistiques lancés vendredi par l’Iran sur la base britannique de Diego Garcia située à 4 000 km des côtes iraniennes affolent les états-majors occidentaux, dont l’ensemble des capitales se trouve désormais sous la menace d’une attaque iranienne.

L’Iran a lancé aujourd’hui une attaque contre la base militaire de Diego Garcia située dans l’océan Indien, en territoire britannique, à mi-chemin entre le sud de l’Inde et l’île de la Réunion. Principale île de l’archipel des Chagos, Diego Garcia constitue surtout une base stratégique majeure pour le Royaume-Uni et les États-Unis qui l’exploitent conjointement, en particulier dans le contexte actuel, puisqu’elle abriterait des sous-marins nucléaires et des navires de guerre (destroyer) à missiles guidés américains.
L’attaque a impliqué le tir de deux missiles balistiques à portée intermédiaire (intermediate-range ballistic missile – IRBM), dont aucun n’a causé de dégâts, le premier ayant raté sa cible et le second ayant été intercepté par un missile SM-3 lancé depuis un navire de guerre américain. Or selon le Wall Street Journal, qui a révélé cette information, il s’agit de « la première utilisation opérationnelle par l’Iran des IRBM » alors que Téhéran avait affirmé le mois dernier, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, qu’elle avait délibérément limité la portée de ses missiles à environ 2 000 km (1 250 miles), et donc qu’il ne disposait pas de telles armes.
Le WSJ précise que cette information avait été confirmée par le renseignement américain ainsi que par des experts indépendants, qui estimaient, la veille des premières frappes israélo-américaines, que « l’Iran devrait maîtriser d’importants défis technologiques avant de pouvoir mettre en place un missile balistique intercontinental capable de frapper la patrie américaine ».
Selon Jean-François Asselineau, la panoplie de missiles iraniens connue des services de renseignement américain impliquait jusqu’à présent 5 types d’appareils d’une portée maximale de 3 000 kilomètres : le Shahab-3 (1 300 km), le Rezvan (1 400 km), le Ghadr (1 600 à 2 000 km) l’Emad (1 800 km) et le Khorramshahr (2 000 à 3 000 km). « Les 2 missiles tirés cette nuit, qui ont une portée d’au moins 4 000 km, surclassent donc très nettement le missile Khorramshahr », explique-t-il.
En réponse à cette attaque, le gouvernement britannique a annoncé qu’il autoriserait Washington à utiliser certaines de ses bases, dont Diego Garcia, pour frapper des sites iraniens servant à cibler des navires dans le détroit d’Ormuz.
Si cette prouesse technologique (réalisée malgré 40 ans de sanctions sans accès aux composants occidentaux ni transfert de technologie légal grâce à un système éducatif qui est une usine à produire des ingénieurs) a eu concrètement pour effet de démentir le narratif israélo-américain selon lequel l’Iran aurait été vaincu militairement et serait à court de ses missiles, elle a surtout fait surgir une inquiétude majeure parmi les chancelleries occidentales, qui se sont majoritairement rangées du côté d’Israël depuis le début du conflit. Comme le précise en effet Jean-François Asselineau :
Les experts militaires relèvent avec inquiétude que ces nouveaux missiles iraniens pourraient désormais frapper les pays d’Europe de l’Ouest puisque :
https://x.com/f_asselineau/status/2035275785347477822?s=20
• Rome est à 3 400 km de Téhéran par voie orthodromique (« vol d’oiseau »)
• Berlin : 3 500 km
• Strasbourg : 3 800 km
• Marseille : 4 000 km
• Paris : 4 200 km
• Londres : 4 400 km.
Toutes les capitales européennes hostiles à l’Iran sont donc désormais à portée d’un tir de missile, et pourquoi pas d’une nouvelle surprise technologique. Cette inquiétude, partagée notamment par The Telegraph qui publie aujourd’hui une carte montrant quelles métropoles sont concernées et par quel missile elles le sont, est en tout cas « suggéréee » par l’armée israélienne, le chef d’état-major de Tsahal, Eyal Zamir, ayant déclaré ce samedi que « ces missiles n’étaient pas destinés à frapper Israël », en raison de leur portée calibrée pour atteindre l’Europe.
La grossière provocation du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, qui a fait porter hier à l’Iran, en s’exprimant depuis Israël, la responsabilité de l’escalade du conflit, est sur ce principe profondément irresponsable, même s’il est permis en l’état de douter du réel danger que représentent ces missiles (dont la portée est inversement proportionnelle à la charge utile), ou du moins de la volonté de l’Iran de cibler une capitale européenne.

