Pratiques mafieuses

Équipe Le Point Critique | 15 mars 2026

L’Ukraine attaque deux pipelines vitaux pour l’approvisionnement énergétique de quatre pays de l’OTAN

L’opérateur russe Gazprom a lancé une alerte le 11 mars. Il affirme que l’Ukraine aurait mené une série d’attaques contre deux pipelines, cruciaux pour la Turquie, la Hongrie, la Serbie, la Grèce et la Slovaquie, dont quatre sont membres de l’OTAN.

Attaque ukrainienne contre les pipelines TurkStream et Blue Stream
© © botas.gov.tr

Selon Reuters, des attaques aériennes auraient ciblé ses installations dans le sud de la Russie, dont la station de pompage de Russkaya, dans la région de Krasnodar, qui exporte du gaz naturel vers l’Europevia le gazoduc sous-marin TurkStream (Türk-Akim), ⁠mais a ajouté que toutes les attaques avaient été déjouées. Dans le même temps, Kiev aurait tenté d’attaquer la station de compression Beregovaya, du gazoduc Blue Stream (Mavi Akim) dans la région de Tuapse, à l’aide de 14 drones.

Au total, les installations, liées aux gazoducs TurkStream et Blue Stream auraient subi 12 attaques au cours des deux dernières semaines. Toutes ont été déjouées jusqu’à présent, mais si Kiev maintient cette stratégie, elle pourrait avoir des conséquences dramatiques pour l’Europe, et donc pour ses alliés, la Turquie étant la seule ⁠route de transit restante pour le gaz russe vers l’Europe.

La stratégie ukrainienne d’attrition énergétique

La question ne se pose pas pour l’instant, la présidente de la Commission européenne – qui ne dispose d’aucun mandat pour décider au nom des pays membres de la manière dont ils souhaitent organiser leur approvisionnement énergétique – ayant réaffirmé il y a quelques jours que « revenir aux énergies fossiles russes serait une erreur stratégique ».

Précisons que la veille, elle avait confessé une autre erreur stratégique, en l’occurrence la réduction de la part du nucléaire en Europe, au profit des énergies renouvelables.

Ces attaques interviennent dans un double contexte. Le premier est l’adoption, le 26 janvier, du règlement REPowerEU et l’enclenchement du plan européen visant à mettre un terme définitif aux importations de gaz russe en UE à l’horizon 2027 et à sortir progressivement de la dépendance au pétrole russe à partir de fin 2027. La Slovaquie et la Hongrie ont porté plainte contre l’UE pour cette atteinte à leur souveraineté énergétique, mais elles sont profondément isolées sur cette question.

Le second est la fermeture le 27 janvier par l’Ukraine du pipeline Druzhba qui achemine le gaz russe vers la Hongrie et la Slovaquie. Le Premier ministre hongrois a conditionné à la reprise du trafic pétrolier, dont Volodymyr Zelensky a confirmé que son blocage était motivé par des considérations (strictement) politiques, la levée de son veto au prêt européen de 90 milliards destiné à l’Ukraine.

La réaction des Occidentaux

Aucun État membre de l’UE et de l’OTAN n’a à notre connaissance réagi aux attaques perpétrées par l’Ukraine contre TurkStream et Blue Stream. Est-ce surprenant ?

L’OTAN n’a pas déclenché l’article 5 de son traité après la confirmation que l’Ukraine avait détruit le pipeline Nord Stream, bien qu’il s’agisse d’un acte de guerre ou a minima de terrorisme, dirigé contre l’un des pays de l’Alliance – en l’occurrence l’Allemagne. Il est vrai que la victime n’a jamais porté plainte, malgré les répercussions majeures de cette attaque sur son économie.

L’UE a décerné la médaille du mérite au président ukrainien quelques jours après la conférence de presse où il a proféré des menaces de mort contre Viktor Orbán et où il a confirmé qu’il n’envisageait ni de rouvrir le pipeline Druzhba ni d’autoriser son inspection, alors que les images satellites montrent qu’il n’a subi aucun dommage, contrairement à ce que prétend le président Zelensky.

Que feront demain les Occidentaux si le président ukrainien atteint son objectif et met en péril la sécurité énergétique de quatre pays de l’OTAN, dans un contexte de flambée des prix du pétrole ? La présidente de la Commission européenne a rappelé lors de la Conférence de Munich sur la sécurité que la clause de solidarité entre les États membres était contraignante. Exigera-t-elle sur ce principe que l’UE engage des représailles à l’encontre de l’Ukraine, ou bien cette clause ne vaut-elle que pour faire entrer officiellement l’Europe en guerre contre la Russie et pour précipiter une adhésion de l’Ukraine à l’UE ?

La réaction d’Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a commenté vendredi le conflit qui oppose aujourd’hui la Hongrie et l’Ukraine autour de la fermeture du gazoduc Druzhba, en appelant à dissocier la question énergétique et celle du prêt de soutien à l’Ukraine, dont il a rappelé qu’elle était actuellement la préoccupation prioritaire de l’Europe. Il appelle ainsi Viktor Orbán à lever en urgence son veto, sans attendre que Volodymyr Zelensky ne rouvre le trafic pétrolier ou n’autorise les experts à inspecter le gazoduc.

Comment imaginer un seul instant que le président ukrainien lèvera ce blocage, actuellement pratiqué en toute illégalité au regard du droit international et européen ? Viktor Orbán a en effet toujours affirmé qu’il reviendrait sur son veto, qu’il n’a posé qu’en seconde intention, après la fermeture du pipeline Druzhba et la confirmation qu’il n’avait subi aucun dommage, si son homologue ukrainien renonçait à empêcher la Hongrie de bénéficier d’un approvisionnement en gaz russe.

Les deux questions n’ont donc pas lieu d’être dissociées, il suffit à Volodymyr Zelensky de rouvrir le pipeline pour libérer le prêt. Il a affirmé le 5 mars qu’il en faisait une question de principe, acheter des hydrocarbures russes revenant selon lui à financer son agresseur, et donc à mettre en danger son pays. Il ne semble pourtant tenir aucune rigueur à la France d’être le premier acheteur de gaz russe si l’on croit l’exubérance des démonstrations d’affection entre les deux présidents.

Faut-il en déduire que ce qui est attendu de la Hongrie est qu’elle fasse publiquement allégeance à l’Ukraine et lui verse son obole, comme l’exigent traditionnellement les mafias, pour lui permettre de prolonger artificiellement la guerre au risque de mettre en péril ses propres finances et sa propre sécurité ?

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