Ingérence électorale
Saisie d’or ukrainien à Budapest, la Hongrie va déclassifier un rapport des services de renseignement
Le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, a confirmé que son gouvernement déclassifierait prochainement un rapport démontrant l'ingérence de Kiev dans les élections présidentielles hongroises.

Selon The Associated Press, le gouvernement hongrois s’apprêterait à déclassifier un rapport établissant un financement occulte, via des fonds ukrainiens, de la campagne électorale menée par le chef de l’opposition et principal rival de Viktor Orbán, Péter Magyar (Tisza). Le 12 mars, le directeur de cabinet du Premier ministre hongrois, Gergely Gulyás, a déclaré que « le processus de déclassification était en cours et que le rapport serait publié “dans un avenir proche” ».
Une partie de ces fonds, estimés à plusieurs centaines de millions de dollars, aurait été saisie début mars à Budapest, lors de l’arrestation d’un groupe d’employés de la banque d’État Oschadbank, liés aux services de renseignement ukrainiens (SBU), à bord de deux des fourgons blindés chargés d’or et de devises pour un montant estimé de plus de 80 millions de dollars. L’argent transitait depuis l’Autriche vers l’Ukraine, escortée par Hennadiy Kuznetsov, un ancien général du SBU, impliqué dans plusieurs affaires de corruption dans le passé.
Le groupe a été expulsé vers l’Ukraine vingt-quatre heures après son arrestation et les deux véhicules ont été restitués à Oschadbank, mais les autorités hongroises ont conservé l’argent et l’or saisis dans le cadre de l’enquête pour blanchiment d’argent, menée par les services fiscaux. The Associated Press précise que le Parlement hongrois a adopté le 10 mars une loi proposée par le parti Fidesz de Viktor Orbán autorisant les autorités fiscales à conserver l’argent et l’or pendant 60 jours afin de déterminer « l’origine et la destination des actifs et d’évaluer l’évaluation de l’impact de cette somme d’or sur la sécurité nationale de la Hongrie ».
Le 12 mars, un groupe de 35 parlementaires européens dont l’identité n’est pas connue aurait adressé une lettre à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dans laquelle ils l’appellent à prendre « des mesures actives pour assurer une résolution rapide de la question » et à contraindre le gouvernement hongrois à rendre l’argent et l’or à Oschadbank
Nous considérons cet acte scandaleux et hostile contre l’Ukraine – résistant actuellement à l’agression russe tout en défendant les valeurs et les libertés européennes et en s’efforçant de répondre aux critères d’adhésion à l’UE – comme une violation des relations de bon voisinage », ont déclaré les députés.
Ils ont souligné que de telles actions jetaient une ombre négative sur l’ensemble de l’Union européenne parce qu’elles contredisaient les procédures douanières de l’UE et la réglementation internationale des transports.
La démarche est insolite, aucune initiative similaire n’ayant été prise pour tenter de clarifier l’implication du président ukrainien dans les différents scandales de corruption qui secouent son pays depuis novembre dernier, et remettre éventuellement en cause le soutien financier apporté à Kiev dont les services anticorruption ukrainiens soupçonnent qu’une grande partie a été détournée par des représentants de son administration.
La tentative d’ingérence de Kiev dans l’élection présidentielle hongroise a été largement suggérée par un analyste politique ukrainien, qui a récemment expliqué dans un podcast que « Péter Magyar est utile pour affaiblir » Viktor Orbán, récemment menacé de mort par Volodymyr Zelensky et par l’ancien directeur du SBU, Hryhoriy Omelchenko, qui a laissé entendre qu’il figurait déjà sur la liste des cibles à abattre établie par une organisation paramilitaire officieuse répondant au nom de Karma.
Que savent les parlementaires européens que nous ne devrions savoir ?
