Inversion accusatoire
Menaces de mort contre Viktor Orbán : Nathalie Loiseau refuse de condamner Volodymyr Zelensky
Au lendemain de la conférence où Volodymyr Zelensky a proféré des menaces de mort à l'encontre de Viktor Orbán, l’eurodéputée Nathalie Loiseau a rendu un vibrant hommage au président ukrainien et a appelé à condamner le Premier ministre hongrois qu'elle accuse d'exploiter cette séquence à l'approche d'une défaite politique inéluctable.

L’eurodéputée Nathalie Loiseau (Horizons) s’est exprimée hier à la tribune du Parlement européen dans le cadre de la récente exacerbation des tensions diplomatiques entre Kiev et Budapest. Elle a violemment invectivé le Premier ministre hongrois sur lequel elle rejette l’entière responsabilité du clash diplomatique avec son homologue ukrainien, qui s’est concrétisé mercredi par des menaces de mort proférées par Volodymyr Zelensky à l’encontre de Viktor Orbán.
Le Premier ministre hongrois oppose depuis deux semaines son veto au prêt européen de 90 milliards d’euros destiné à couvrir une partie des besoins financiers et militaires de l’Ukraine pour 2026-2027, après avoir donné son accord fin décembre en contrepartie d’une exemption de contribution à son remboursement. Ce revirement s’explique par le refus du président ukrainien de rouvrir ou a minima d’autoriser des experts mandatés par l’UE à inspecter le pipeline permettant l’approvisionnement de la Hongrie en pétrole russe, dont Volodymyr Zelensky affirme qu’il a été endommagé par des frappes russes, contrairement à ce qu’indiquent les images satellites du site.
Le président ukrainien a confirmé mercredi qu’il ne rétablirait pas les flux pétroliers et qu’il n’autoriserait pas les réparations de l’oléoduc, au risque de compromettre la sécurité énergétique de la Hongrie et de la Slovaquie. Viktor Orbán dénonce un chantage inacceptable, auquel le président ukrainien a répondu la semaine dernière en menaçant physiquement son homologue s’il ne revenait pas sur son veto.
La Commission européenne a dénoncé du bout des lèvres, via son porte-parole, Olof Gill, les propos du président ukrainien, qualifiant l’escalade verbale entre les deux chefs d’État de « rhétorique inflammatoire inacceptable » sans rappeler clairement à l’ordre Volodymyr Zelensky. Aucun chef d’État hormis le Premier ministre slovaque n’a en revanche ni commenté ces menaces de mort, ni soutenu le Premier ministre hongrois.
Le groupe Renew Europe, auquel appartient Nathalie Loiseau, a choisi la carte de la provocation en publiant une tribune sur son compte X, dans laquelle il accuse Viktor Orbán d’être le principal responsable de cette dégradation des relations diplomatiques. L’eurodéputée a franchi une étape supplémentaire dans l’outrance ce lundi lors de la séance plénière du Parlement européen, en qualifiant de propos déplacés les menaces de mort adressées au Premier ministre hongrois et en s’indignant que l’on puisse critiquer le chantage exercé par le président ukrainien :
C’est Viktor Orbán qui refuse et bloque le prêt de 90 milliards d’euros pour l’Ukraine et c’est Volodymyr Zelensky qu’il faudrait critiquer ?! C’est Viktor Orbán qui mobilise ses troupes contre une prétendue attaque ukrainienne et c’est Volodymyr Zelensky qu’il faudrait critiquer ?! C’est Viktor Orbán qui fait arrêter et prendre en otage 7 Ukrainiens et c’est Volodymyr Zelensky qu’il faudrait critiquer ?! Volodymyr Zelensky mène un pays agressé depuis 4 ans par la Russie. Qu’il ait dit quelque chose qu’il n’avait pas à dire, c’est une évidence mais que Viktor Orbán perde ses nerfs à cause d’une bataille électorale qu’il risque de perdre, c’est un scandale !
Les sept Ukrainiens désignés dans cette tribune sont en réalité tous d’anciens membres de structures militaires ou de sécurité nationale ukrainiennes. Ils ont été arrêtés la semaine dernière à Budapest à bord de deux fourgons blindés alors qu’ils convoyaient des millions de dollars en espèces et en or entre l’Ukraine et la Hongrie pour le compte d’une banque de dépôt d’État. L’un d’entre eux est un ancien général des services de renseignement ukrainiens (SBU) lié à plusieurs affaires de corruption dans le passé. On sait aujourd’hui que l’avocat qui assure leur défense est étroitement lié au parti dont est issu le concurrent de Viktor Orbán à l’élection présidentielle d’avril, Péter Magyar.
Face au mutisme de Kiev, qui assure que cette transaction est parfaitement légale, le ministre des Affaires étrangères hongrois, Péter Szijjártó, a porté cette affaire dans le débat public. Il affirme que ce sont en réalité 900 millions de dollars et 420 millions d’euros en espèces, ainsi que 146 kilogrammes d’or, qui auraient transité par la Hongrie depuis le début de l’année :
Viktor Orbán s’interroge aujourd’hui à voix haute :
Je vois surgir de nulle part en Hongrie un parti pro-ukrainien, doté de ressources financières illimitées et sans le moindre souci d’argent. Je constate également une présence inhabituellement forte de voix pro-ukrainiennes dans les médias. Je veux savoir.
Comment comprendre l’ingérence de Nathalie Loiseau dans cette séquence diplomatique ? Son absence de curiosité et sa déloyauté à l’endroit du Premier ministre en exercice d’un État membre sont d’autant plus problématiques que l’eurodéputée est membre de l’European Council on Foreign Relations (ECFR), un think tank inscrit comme lobby au registre de transparence du Parlement européen, dont l’un des bailleurs de fonds est le réseau des Open Society Foundations, fondé par George Soros (voir notre article de janvier 2025). Le réseau d’ingérence parmi les plus puissants au monde n’a jamais dissimulé ses liens étroits avec la Hongrie, qu’il revendique au contraire comme son bastion historique :
Les Fondations Open Society opèrent en Europe depuis 1984 lorsque George Soros a établi sa première fondation en Hongrie, au tout début de ses efforts pour aider les pays d’Europe Centrale et Orientale à négocier leur sortie du Communisme. Aujourd’hui, Open Society s’est agrandie pour devenir le plus grand bailleur de fonds privé d’organisations travaillant pour défendre et promouvoir les droits de l’homme, la justice et la démocratie dans le monde entier, grâce à plus de 20 fondations nationales et régionales. sa première fondation en Hongrie, au tout début de ses efforts pour aider les pays d’Europe centrale et orientale à négocier leur sortie du communisme.
La saillie médiatique de Nathalie Loiseau ne peut sur ce principe qu’être perçue comme une confirmation des accusations formulées par Budapest. Au demeurant, si Bruxelles ne se cache plus aujourd’hui de vouloir se débarrasser de la Hongrie, son choix de décerner aujourd’hui à Volodomyr Zelensky la médaille de l’Ordre européen du Mérite alimente encore un peu plus le moulin de Viktor Orbán, qui l’accuse aujourd’hui de chercher à torpiller la prochaine élection présidentielle.
