Escalade
La Slovaquie menace de se joindre à la Hongrie et de bloquer le prêt européen à destination de l’Ukraine
Jeudi dernier, Volodymyr Zelensky a menacé publiquement le Premier ministre hongrois d’envoyer des hommes en armes à son domicile s’il continuait de bloquer le prêt européen de 90 milliards d’euros à destination de l'Ukraine. Il a également confirmé qu’il ne remettrait pas en état le pipeline Druzhba à laquelle Viktor Orbán conditionne la levée de son véto. La Slovaquie annonce aujourd’hui être prête à emboîter le pas à la Hongrie.

Le trafic du pipeline Druzhba reliant le sud-est de la Russie aux anciens satellites de l’Union soviétique via l’Ukraine a été mis à l’arrêt le 27 janvier, privant la Hongrie et de la Slovaquie d’une source d’approvisionnement énergétique cruciale. Kiev invoque des dommages causés par une attaque de drones, ce que contredisent les images satellites publiées par les chancelleries hongroise et slovaque.
Fin février, Viktor Orbán avait demandé au Conseil européen d’autoriser la création d’une commission d’enquête hongro-slovaque chargée de mandater des experts afin qu’ils vérifient l’état du pipeline. La Commission européenne avait accueilli favorablement cette proposition. Selon le Financial Times, le président ukrainien a rejeté mercredi dernier l’ensemble des demandes de l’UE d’accéder aux sections de l’oléoduc réputées endommagées. Il a confirmé jeudi que l’oléoduc était réparable dans un délai de 12 à 18 mois, mais qu’il s’opposait personnellement à le remettre en usage.
En réponse, la Hongrie a menacé le 6 mars de poursuivre Kiev en justice si elle ne rétablissait pas les flux pétroliers ou n’autorisait pas sous trois jours l’inspection du pipeline. Elle a par ailleurs averti le même jour qu’elle bloquerait l’ensemble des cargaisons à destination de l’Ukraine « et ce, aussi longtemps que Kyiv interromprait les livraisons de pétrole russe à Budapest », la Hongrie estimant que cet embargo met en danger sa sécurité énergétique.
Le ministre des Affaires étrangères slovaque, Péter Szijjártó, souligne que Bruxelles n’a pris aucune mesure concrète à l’encontre de Kiev, bien que l’accord d’association entre l’Ukraine et l’UE implique que l’Ukraine ne mette pas en péril la sécurité énergétique des États membres. Dans un message publié vendredi sur son compte X, il explique au contraire que « Bruxelles coopère avec la Croatie pour bloquer les livraisons de pétrole russe par voie maritime à la Hongrie et à la Slovaquie, malgré la décision de l’UE autorisant ce mode de transport lorsque le transport par oléoduc est impossible ».
En outre, Bruxelles n’a dénoncé que tardivement et du bout des lèvres les menaces de mort proférées par le président ukrainien, en appelant les deux chefs d’État à « réduire immédiatement leur “rhétorique incendiaire”au sujet de l’oléoduc Druzhba ». De manière profondément choquante, aucun chef d’État européen hormis le Premier ministre slovaque n’a commenté cette saillie médiatique, Volodymyr Zelensky ayant au contraire fait valoir qu’il bénéficiait du soutien d’Emmanuel Macron, qui ne l’a à ce jour pas contredit.
Seuls trois pays s’opposent actuellement au financement inconditionnel de la guerre en Ukraine (Hongrie, Slovaquie, République tchèque), mais la Hongrie, dont la présidente de la Commission européenne a publiquement déclaré le 16 février qu’elle cherchait un moyen « créatif » pour l’exclure définitivement des prochains votes, est le seul à ce jour à utiliser son droit de veto pour protéger les intérêts économiques de son pays.
Lors du Conseil européen des 18-19 décembre 2025, où a été voté le prêt de 90 milliards d’euros financé par un emprunt de l’UE sur les marchés et garanti par le budget européen, Viktor Orbán avait donné son accord politique, en échange d’une exemption de participation au remboursement des coûts d’emprunt. La présidente de la Commission européenne avait utilisé le mécanisme de coopération renforcée, permettant d’exclure du vote, moyennant leur accord, les pays ne souhaitant pas y être impliqués. Le véto hongrois avait ainsi pu être contourné.
Le refus de Volodymyr Zelensky de rétablir le transit de pétrole russe a provoqué une crise diplomatique majeure entre Kiev et Budapest qui accuse le président ukrainien d’exercer un chantage de manière déloyale en privant la Hongrie et la Slopaquie d’hydrocarbures bon marché.
L’entêtement du président ukrainien a provoqué mercredi un revirement de situation spectaculaire, le Premier ministre slovaque se disant aujourd’hui prêt à emboîter le pas à la Hongrie si Kiev continue de bloquer les livraisons de pétrole russe.
Le 23 février dernier, il avait annoncé que son pays refuserait désormais toute demande d’assistance énergétique de l’Ukraine, dont le réseau a été profondément endommagé par les frappes russes, tant que le transit pétrolier ne serait pas rétabli via le pipeline Druzhba. Le contrat a été résilié le 4 mars. Il a annoncé ce dimanche qu’il rencontrerait mardi à Paris la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen et qu’il insisterait à nouveau pour que l’Ukraine autorise les inspections de l’oléoduc, en rappelant que « la Slovaquie était prête à prendre le relais de la Hongrie, si nécessaire ».
