Business as usual
« Convoi d’or ukrainien » : Bruxelles cherche-t-elle à manipuler l’élection présidentielle hongroise ?
Les autorités hongroises ont intercepté en fin de semaine sept citoyens ukrainiens convoyant plus de 80 millions de dollars en espèces et en or. Selon plusieurs sources concordantes, ces fonds seraient destinés à manipuler le résultat de l’élection présidentielle hongroise d’avril prochain. Que sait-on de cette affaire ?

La mise à l’arrêt du pipeline Druzhba, reliant la Russie à la Hongrie, a provoqué fin janvier un clash diplomatique majeur entre Budapest et Kiev, le Premier ministre hongrois ayant fait de la reprise du trafic pétrolier la condition sine qua non pour la levée de son véto au prêt de 90 milliards d’euros promis à l’Ukraine par Bruxelles. Cet affrontement s’inscrit toutefois dans un contexte plus large que le simple différend énergétique, le gouvernement hongrois accusant Bruxelles de chercher à interférer dans l’élection présidentielle, dont le premier tour est prévu le 12 avril, comme elle l’a fait depuis 2023 dans huit scrutins nationaux impliquant six pays selon l’enquête du Congrès américain.
Bruxelles et le problème Orbán
Dans au moins trois pays (Slovaquie, Roumanie, Moldavie), le scénario fut en effet un simple copier-coller du même pattern : une opposition massive de la population à une adhésion du pays à l’UE ou à la ligne politique pro-ukrainienne et pro-guerre de Bruxelles, la création d’un récit invoquant une ingérence de la Russie dans le scrutin sans qu’aucune preuve ne soit rapportée étayant ce narratif. En Roumanie, au contraire, l’élection a été purement et simplement annulée après la victoire de Călin Georgescu, considéré comme une menace existentielle pour les intérêts de l’UE et de l’OTAN, et ce alors qu’il était établi que la seule ingérence dans le scrutin émanait du parti en place.
Comme en Roumanie en 2024, le conflit russo-ukrainien constitue un élément central du scrutin hongrois. Bien que le projet d’adhésion de l’Ukraine à l’UE ait été massivement rejeté (95 %) lors du référendum organisé en juin 2025, et que Viktor Orbán ait essentiellement axé sa campagne sur la menace que constitue le prolongement de la guerre pour les intérêts du pays, il est aujourd’hui devancé dans les sondages par le candidat d’opposition Péter Magyar (parti Tisza), membre du Parlement européen au sein du Parti populaire européen (PPE) actuellement majoritaire, et accusé par son concurrent d’être une« marionnette de Kiev et de Bruxelles ».
Si l’existence d’un pattern et d’un mobile ne suffisent pas à accuser formellement l’UE de vouloir influencer le cours de l’élection hongroise (sur le papier en effet, la position de Péter Magyar sur l’Ukraine se veut plus mesurée que ne l’affirme Viktor Orbán), le discours tenu par la présidente de la Commission européenne lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, en février dernier, suggère a minima que le Premier ministre hongrois représente un énorme caillou dans la chaussure de l’UE, Ursula von der Leyen ayant déclaré à cette occasion qu’elle cherchait un moyen « créatif » pour l’exclure définitivement des prochains votes.
Cette hypothèse est aujourd’hui soutenue factuellement par de nouveaux éléments.
L’opération Ukrainian gold convoy
Vendredi, sept employés de la banque d’État ukrainienne Oschadbank ont été interceptés par les autorités hongroises à bord de deux véhicules blindés en possession d’environ 82 millions de dollars en espèces et en or (40 millions de dollars, 35 millions d’euros et neuf kilogrammes d’or) dont ils assuraient le convoi entre l’Autriche et l’Ukraine. L’administration fiscale et douanière nationale de la Hongrie a déclaré avoir ouvert une enquête pour blanchiment d’argent au lendemain de cette saisie, effectuée dans le cadre de l’opération Ukrainian gold convoy.
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, pour qui la transaction ne revêt aucun caractère illégal, a réagi à cette arrestation en exigeant la libération immédiate de ses ressortissants, qu’il accuse les autorités hongroises de retenir illégalement sur leur territoire. Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, accuse en retour Kiev d’être impliqué dans cette opération, le convoi intercepté en fin de semaine étant escorté par Hennadiy Kuznetsov, un ancien général des services de renseignement ukrainiens (SBU) lié à plusieurs affaires de corruption dans le passé :
Nous exigeons des réponses immédiates de Kiev concernant les importants envois de fonds transitant par la Hongrie, qui soulèvent de sérieuses questions quant à un lien possible avec la mafia de guerre ukrainienne. Depuis janvier, 900 millions de dollars et 420 millions de livres € en espèces, ainsi que 146 kilogrammes d’or, ont transité par la Hongrie. S’il s’agit bien d’une transaction interbancaire, pourquoi n’a-t-elle pas été effectuée par virement bancaire ? Pourquoi faire transiter des sommes aussi importantes en espèces par notre pays ?
Selon le média Hungarian Conservative, ce sont en réalité « Les sept membres du groupe [qui] auraient été liés à un moment donné de leur carrière aux structures militaires ou de sécurité nationale ukrainiennes ». La Hongrie est-elle le destinataire final de ces sommes ?
Des sources issues des forces de l’ordre ukrainiennes affirment que l’argent saisi proviendrait d’un centre d’appels agissant sous la protection de Volodymyr Zelensky, et dont l’ancien général du SBU serait un employé. L’arrestation ayant eu lieu le 5 mars, ce serait à cette saisie que le président ukrainien aurait répondu en menaçant le Premier ministre hongrois. On apprend en effet aujourd’hui par la presse hongroise que les fonds auraient été adressés par Bruxelles au président Zelensky dans le but de l’utiliser pour interférer dans les élections hongroises.
L’information a été rapportée par la journaliste indépendante Diana Panchenko, mais elle est cohérente avec les conclusions de l’enquête réalisée par le journal Mandiner,selon lequel l’avocat des transporteurs de billets ukrainiens, Lóránt Horváth, serait étroitement lié au parti Tisza de Péter Magyar, le principal adversaire de Viktor Orban, via l’ancienne juge et employée du cabinet de Lóránt Horváth, Adrienn Laczó :
Adrienn Laczó est une fervente partisane du parti de Péter Magyar, comme en témoigne le message qu’elle a publié précédemment. […]
https://magyarnemzet.hu/belfold/2026/03/ukran-aranykonvoj-tisza-part-laczo-adrienn-ugyvedi-iroda-horvath-lorant
On a également appris que Laczó rencontrait régulièrement Zoltán Tarr, vice-président du Parti Tisza, et que Tarr s’en vantait lui-même, affirmant qu’il travaillait avec le « juge démissionnaire » sur un « plan de restauration de la justice », ce qui signifie que s’ils arrivaient au pouvoir, ils s’attaqueront à l’ensemble du système judiciaire.
Laczó est d’ailleurs une fervente admiratrice de Tisza :
• elle soutient également la partie judiciaire du programme Tisza sur Facebook ;
• elle a donné une conférence le 24 janvier 2025 sur la chaîne Discord du Parti Tisza ; et
• le groupe Tűzfal a nommé Adrienn Laczó rédactrice du programme judiciaire Tisza.
Au vu de ce qui précède, il apparaît clairement qu’Adrienn Laczó, qui travaille dans le cabinet d’avocats de Lóránt Horváth, entretient plusieurs liens avec Tisza et était auparavant connue comme « juge dissidente », ne peut en aucun cas être considérée comme un personnage secondaire dans l’entourage politique de Péter Magyar.
Le député ukrainien Oleksandr Dubinskyi précise ce soir sur son compte X qu’Oschadbank est « l’une des banques qui, sous la direction de Pyshnyi (PDG), a participé au blanchiment d’argent pour des casinos en ligne, principalement russes ». Si vous comptez vous installer en Ukraine, le Forum économique mondial vous la recommande chaleureusement. Son site précise « C’est la seule banque ukrainienne où les dépôts et autres objets de valeur des citoyens sont entièrement garantis par l’État par la loi ». Nous voilà rassurés !
