Sentiment d'impunité
Menaces de mort à l’encontre de Viktor Orbán, Zelensky franchit une ligne rouge
Volodymyr Zelensky a franchi une ligne rouge ce jeudi en menaçant publiquement le Premier ministre hongrois d’envoyer des combattants ukrainiens à son domicile afin de lever le veto de Budapest concernant prêt européen de 90 milliards d’euros. Aucun chef d’État occidental n’a commenté ni a fortiori condamné ses menaces de mort.

Volodymyr Zelensky a commis de nombreux dérapages verbaux depuis le début du conflit russo-ukrainien. Ils relevaient essentiellement jusqu’à présent de l’arrogance et de la vulgarité, à l’image de l’insulte adressée au vice-président JD Vance dans le bureau Ovale de la Maison-Blanche, lorsqu’il a évoqué les images des rafles de citoyens ukrainiens par les milices de Kiev : « сука блять » (putain de salope). Il a franchi ce jeudi un nouveau pas dans l’outrance, qui autorise à le considérer officiellement comme un chef de gang mafieux.
Lors d’un briefing de presse organisé suite à une réunion avec son cabinet ministériel, il a proféré des menaces physiques à l’encontre de son homologue hongrois en proposant d’envoyer à son domicile des combattants ukrainiens afin qu’ils s’adressent à lui « dans leur propre langue ». Le nom de Viktor Orbán n’a pas été prononcé, mais il a été explicitement désigné par le contexte (voir encadré boîte noire).
Nous espérons qu’une personne au sein de l’Union européenne ne bloquera pas les 90 milliards d’euros, ou au moins la première tranche de cette aide, afin que les soldats ukrainiens puissent recevoir des armes. Sinon, nous donnerons l’adresse de cette personne à nos forces armées, à nos gars, pour qu’ils puissent l’appeler et lui parler dans leur langue.
Aucun dirigeant européen n’a réagi à cette séquence, malgré l’extrême gravité de sa forme : ordonner à des soldats ou des miliciens de se rendre au domicile d’un chef d’État parce qu’il refuse de financer une guerre de fait illégitime, car contraire au cours naturel de l’évolution du conflit.
Elle mérite pourtant qu’on la prenne au sérieux compte tenu de la situation financière et militaire désespérée dans laquelle se trouve actuellement l’Ukraine, et de la capacité de nuisance dont Kiev a fait la démonstration par le passé. L’enquête sur le sabotage du gazoduc Nord Stream visant à sectionner le cordon énergétique reliant l’Allemagne et la Russie (ce qui lui vaut aujourd’hui une crise économique majeure) a formellement établi la responsabilité de l’Ukraine dans cet attentat perpétré pourtant contre l’un de ses alliés, dont elle exige aujourd’hui qu’il lui livre des missiles longue portée Taurus.
Elle le mérite d’autant plus compte que Zelensky ne s’est jamais caché d’envisager toute personne faisant obstacle à ses projets comme une cible à abattre physiquement. Une liste coalimentée par l’OTAN et les agences occidentales de renseignement (CIA, MI6, NSA, SBU) a même été créée à cet effet (myrotvoraets) sur laquelle figurent ou ont figuré plusieurs noms de citoyens français incluant des observateurs, des journalistes ou des leaders politiques (Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Ségolène Royal…). Elle recense notamment un ancien soldat, Adrien Bocquet, victime d’un attentat à Istanbul en 2022 à la suite de son enquête réalisée à Bucha, ainsi qu’un agent français du renseignement, Éric Denécé, décédé il y a un an. Sa mort a été classée en suicide, bien que son frère ait publiquement confirmé qu’il ne présentait aucune velléité de cet ordre. A-t-il été éliminé sur ordre de Zelensky ?
Il n’est pas licite de l’affirmer, comme il n’est pas possible d’imputer à l’état-major kiévien la tentative d’assassinat présumée du président Poutine, relatée par le Kremlin en 2025. Il demeure néanmoins incontestable qu’aucun président n’a exprimé publiquement, avec autant de détermination et de façon chronique, son souhait de voir mourir ses opposants ou ses homologues, jugés hostiles à la poursuite du conflit. Le fait que Zelensky ait choisi récemment pour bras droit un personnage aussi controversé que son ancien chef du renseignement, Budanov, qui revendique faire du terrorisme le cœur de son action constitue dans ce contexte un motif réel d’inquiétude.
Pour rappel également, en mai 2024, le Premier ministre slovaque Robert Fico avait été victime d’un attentat dans un contexte similaire, commis par un militant pro-Ukraine, Juraj Cintula, peu après l’annonce du chef de l’État slovaque de mettre un terme aux livraisons d’armes en Ukraine et de ne pas voter de nouvelles sanctions contre la Russie qui iraient à l’encontre des intérêts de son pays. C’est ce mobile que Cintula a présenté lors de son procès en octobre dernier.
Le blocage hongrois de l’aide européenne en faveur de l’Ukraine
Le véto hongrois porte sur un prêt de 90 milliards d’euros destiné à financer le budget de fonctionnement de l’Ukraine et l’achat de matériel militaire, ainsi que sur le 20e paquet de sanctions européennes contre Moscou. Ce prêt avait été approuvé sur le principe par les dirigeants de l’UE en décembre 2025, mais nécessitait l’unanimité des États membres pour certains aspects législatifs. Or la Hongrie refuse de faire obstacle à une résolution pacifique du conflit, et donc de soutenir le financement de la guerre.
Ce litige s’inscrit sur fond d’un différend opposant la Hongrie et la Slovaquie à leur voisin ukrainien à propos de leur approvisionnement en pétrole russe. Celui-ci était acheminé jusqu’en 2026 par le pipeline Druzhba reliant le sud-est de la Russie à la Hongrie et la Pologne via l’Ukraine. Les flux ont été interrompus fin janvier 2026, officiellement en raison de dommages causés par des attaques russes, mais Viktor Orbán accuse Kiev d’avoir coupé illégalement cet approvisionnement et de mettre ainsi en péril la sécurité énergétique hongroise.
Fin février, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait promis de livrer le prêt à l’Ukraine « d’une manière ou d’une autre », suggérant qu’elle avait trouvé un moyen de contourner le veto hongrois.
En l’occurrence, la stratégie de Bruxelles consistait à utiliser la procédure de coopération renforcée (enhanced cooperation), qui permet à certains États membres de sortir du vote, l’unanimité ne s’appliquant alors que pour les États qui soutiennent le texte. Or si cette procédure a permis d’acter du principe d’un prêt financé par une dette commune des États membres (à l’exception de la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque qui ont obtenu une exemption), la modification du cadre financier requise pour autoriser l’utilisation du budget de l’UE comme garantie pour l’emprunt exige quant à elle l’unanimité des voix au Conseil de l’UE.
C’est sur ce point précis que porte le véto hongrois, Orbán ayant bloqué le 23 février la dernière étape pour que l’emprunt soit effectivement émis sur les marchés et que les fonds soient mis à disposition de l’Ukraine, en conditionnant la levée de son véto à la reprise des approvisionnements en pétrole russe.
Une alternative consisterait à créer une Europe à deux vitesses, et ainsi à exclure des futurs votes les États les plus critiques à l’encontre de la ligne politique de Bruxelles. Cette voie a été envisagée par la présidente de la Commission le 13 février lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, mais cette Neue Europa reste pour l’heure un simple projet : « Nous devons prendre des décisions plus rapidement. Et pour cela, nous devrons peut-être nous appuyer sur le résultat d’une majorité qualifiée plutôt que sur l’unanimité. Nous n’avons pas besoin de modifier le traité pour cela. Nous devons utiliser celui que nous avons. Et nous devons faire preuve de créativité. »
Enfin, bien que la Slovaquie soit directement concernée par cet embargo ukrainien, elle n’a pas opposé de veto au prêt européen. Elle s’est contentée de bloquer le 20e paquet de sanctions contre la Russie et de suspendre les fournitures d’électricité d’urgence à l’Ukraine en représailles à l’embargo imposé par son président.
