Petits arrangements avec l'histoire
Alors que l’Ukraine est plongée dans le noir, l’OTAN supprime une déclaration confirmant qu’elle a appliqué cette stratégie il y a 25 ans
L’OTAN dépublie une réponse de son secrétaire général, datant d’il y a 25 ans, dans laquelle elle assume avoir ciblé systématiquement les infrastructures énergétiques civiles serbes lors de la guerre du Kosovo, pour faire céder le président Milosevic et arracher à son pays cette encalve stratégique pour y implanter une base.
L’Ukraine et la Russie se livrent actuellement une lutte sans merci pour s’affaiblir mutuellement sur le plan énergétique. Pour Kiev, l’enjeu est de créer une pénurie de pétrole et priver Moscou d’une de ses principales ressources financières, en partie fondées sur l’export d’hydrocarbures. Cette stratégie lui a été susurrée par la CIA selon les récentes déclarations de la presse anglo-saxonne.
Pour le Kremlin, il s’agit de plonger l’Ukraine dans le noir et le froid, afin de rendre la poursuite de la guerre intenable en partant du principe que les jeux sont faits sur le terrain militaire et économique, et que le conflit ne perdure artificiellement que grâce au soutien des Occidentaux qui n’ont en réalité plus les moyens de supporter leur allié sans se mettre eux-mêmes en danger compte tenu de leurs propres contraintes budgétaires nationales. The Telegraph l’expliquait il y a quelques semaines, le Premier ministre polonais l’a confirmé il y a quelques jours.
Volodymyr Zelensky dénonce une violation des lois de la guerre et appelle ses alliés à « accélérer l’augmentation des importations d’électricité et la fourniture d’équipements supplémentaires », trois jours après avoir déclaré l’état d’urgence dans le pays, où l’état de délabrement des infrastructures énergétiques a atteint un niveau critique alors que l’hiver commence à peine.
Chaque frappe russe contre le secteur énergétique, en plein hiver, affaiblit et compromet les efforts des principaux États – en particulier les États-Unis – pour mettre fin à ce conflit.
Le président ukrainien multiplie désormais sur son compte X les communiqués visant à expliquer à la population, ou plus probablement à ses bailleurs de fonds, les mesures prises par son administration pour tenter de remédier aux pénuries d’électricité et de chauffage qui affectent désormais la quasi-totalité des régions du pays.
Ces assauts contre les centrales électriques ukrainiennes sont-ils susceptibles d’accélérer la fin du conflit ? Le président américain déclarait il y a deux jours à l’agence Reuters que le principal obstacle à la signature d’un accord de paix n’était pas Vladimir Poutine, mais Volodymyr Zelensky. Si tel est effectivement le cas, la stratégie du Kremlin pourrait être perçue comme une tentative ultime de ramener à la raison le président ukrainien.
Un échange entre l’Agence norvégienne de presse et l’ancien porte-parole de l’OTAN tenu durant le 25 mai 1999 vient d’être dépublié du site de l’Alliance, soit 25 ans après cette conférence. Il explique que l’OTAN a choisi à l’époque de détruire méthodiquement l’ensemble des structures énergétiques serbes pour contraindre le président Milosevic à accepter les conditions de l’Alliance, alors que celle-ci affirmait cibler exclusivement des sources militaires. En l’occurrence, il s’agissait d’arracher à la Serbie le territoire du Kosovo, considéré comme le berceau de la nation, afin d’y implanter une base :
Question (Agence de presse norvégienne) : Je suis désolé Jamie, mais si vous dites que l’armée dispose de nombreux générateurs de secours, pourquoi privez-vous 70 % du pays non seulement d’électricité, mais aussi d’approvisionnement en eau, alors qu’il dispose de tant d’électricité de secours qu’il peut utiliser, puisque vous dites que vous ne visez que des cibles militaires ?
Jamie Shea : Oui, j’ai bien peur que l’électricité alimente également les systèmes de commandement et de contrôle. Si le président Milosevic veut vraiment que toute sa population ait accès à l’eau et à l’électricité, il lui suffit d’accepter les cinq conditions de l’OTAN et nous mettrons fin à cette campagne. Mais tant qu’il ne le fera pas, nous continuerons à attaquer les cibles qui fournissent l’électricité à ses forces armées. Si cela a des conséquences pour les civils, c’est à lui d’en assumer la responsabilité, mais l’eau et l’électricité seront rétablies pour la population serbe.
Malheureusement, l’approvisionnement a été coupé définitivement, ou du moins pour très longtemps, pour les 1,6 million d’Albanais du Kosovo qui ont été chassés de leurs foyers et qui ont souffert, non pas de désagréments, mais dans de nombreux cas de dommages permanents dans leur vie. Cette distinction ne plaît peut-être pas à tout le monde, mais pour moi, elle est fondamentale.
Pourquoi dépublier aujourd’hui cette archive ? En quoi serait-elle si embarrassante ?