Enfer européen
Le sort de l’ex-colonel suisse Jacques Baud ébranle la communauté internationale
Une pétition signée par un parterre de plus de 80 personnes publiques et près de 8 000 citoyens, seulement 24 heures après sa mise en ligne, appelle l’Union européenne à lever les sanctions contre l’ex-colonel suisse Jacques Baud, condamné sans procès par Bruxelles pour délit d’opinion.
Une coalition de 80 personnalités publiques (chercheurs, journalistes, juristes, philosophes, historiens, politologues, parlementaires…) appelle les représentants de l’Union européenne à lever les sanctions votées à l’encontre de l’historien militaire Jacques Baud, ancien colonel de l’armée et du service de renseignement stratégique suisse, et membre de l’état-major général suisse. Jacques Baud a été condamné sans procès le 15 décembre dernier par le Conseil de l’Union européenne (UE) pour ses analyses géostratégiques du conflit ukrainien, pourtant fondées sur une éthique et une objectivité irréprochables, et nourries de son expérience au sein de l’OTAN et de l’ONU.
Comme nous l’avons précédemment expliqué (ici et là), Jacques Baud est assigné à résidence en Belgique, où il vit de manière régulière, et où il se trouvait donc lorsqu’il a été condamné. Il lui est interdit d’exercer toute forme d’activité salariée ou indépendante, notamment de vendre ses livres en Europe ou à l’étranger. Ses avoirs ayant été gelés, il ne dispose d’aucune ressource, ne peut réaliser aucun achat, y compris alimentaire, et ne peut bénéficier d’aucune aide économique, toute démarche de charité exposant son auteur à des sanctions pénales. Le cadre juridique dans lequel s’exercent ces mesures le privent par ailleurs de tout moyen de faire appel, la saisine de la Cour de justice de l’Union européenne étant théoriquement possible, mais payante et onéreuse.
Le crime qui lui est reproché aujourd’hui, ainsi qu’à 59 journalistes et scientifiques, est d’analyser les causes du conflit ukrainien et de parvenir à des conclusions divergentes de celles de l’UE. Autrement dit, bien que Jacques Baud soit considéré officieusement comme un traître, il n’a enfreint aucune loi ni commis aucun crime. Selon les auteurs de la pétition, qui s’appuient sur l’analyse d’un ancien juge à la Cour de justice européenne et d’un professeur français de droit, « Ces sanctions sont illégales et contraires au droit international, car elles n’ont pas été imposées par le Conseil de sécurité de l’ONU ». Le texte précise par ailleurs que « les actes juridiques sous-jacents violent également le droit de l’UE », qui utiliserait la liste des sanctions comme un outil permettant de censurer toute pensée critique à l’égard de sa politique.
Comme l’a confirmé récemment le ministre allemand des Affaires étrangères, les sanctions prononcées à l’encontre de Jacques Baud ont vocation à s’appliquer à tout ressortissant de l’Union européenne reconnu coupable de diffuser de fausses informations sur le conflit ukrainien. Le Conseil de l’UE précise par ailleurs qu’une vaste opération de fichage est en cours, et qu’elle vise à élargir la liste des personnes actuellement sous sanctions. La pétition portée par le Pr Glenn Diesen, les journalistes Thomas Fazi et Aya Velazquez, l’ancien agent de la CIA Larry Johnson ou encore l’ancien inspecteur Nations unies Scott Ritter concerne donc l’ensemble des citoyens européens :
Nous appelons le Parlement européen, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, le Bundestag allemand, l’État allemand et les parlements locaux, l’ensemble du peuple allemand et le peuple de tous les pays de l’Union européenne à affronter avec toutes leurs forces les destructeurs de la démocratie et les bellicistes.
Le préambule de la Loi fondamentale oblige l’Allemagne à servir la paix. La loi fondamentale stipule à l’article 5 : « La censure n’a pas lieu. » Les actions de la Commission européenne et du Conseil de l’UE sont contraires à notre loi fondamentale. Nous demandons au gouvernement fédéral, conformément à son serment, d’attirer l’attention sur ce processus illégal.
Nous appelons à la levée immédiate des sanctions illégales contre Jacques Baud, ainsi que contre tous les journalistes, scientifiques et citoyens de l’UE.
https://free-baud.org/
Deux autres ressortissants de l’UE raflés il y a quelques mois et incarcérés dans cette version moderne des oubliettes inventée par l’UE relatent l’enfer qu’est devenue leur vie depuis qu’ils sont « placés sous sanctions ». C’est le cas de Nathalie Yamb, ancienne conseillère exécutive du Pr Mamadou Koulibaly, ex-ministre de l’Économie et des Finances de Côte d’Ivoire, et du journaliste allemand Hüseyin Doğru, qui lance aujourd’hui un appel désespéré sur son compte X :
URGENT : À l’heure actuelle, je n’ai AUCUN accès à l’argent. Je ne peux pas nourrir ma famille, y compris mes deux nouveau-nés, à cause des sanctions de l’UE. Auparavant, j’avais accès à € 506 pour survivre, mais cet accès est désormais également inaccessible. Ma banque l’a bloqué. L’UE a de facto sanctionné mes enfants aussi.
En septembre dernier, la demande formulée par son avocat de reconsidérer les sanctions qui lui sont appliquées a été rejetée. Il publie en appui de son dernier tweet un échange entre le Conseil de l’UE et son avocat, auquel Bruxelles interdit de divulguer publiquement les éléments sur lesquels elle s’est basée pour condamner son client à une mort économique et potentiellement physique.
Tous ces ressortissants sont aujourd’hui privés de moyen de subsistance pour avoir simplement exprimé des opinions personnelles. Ils n’ont commis aucun délit, aucun crime, aucun attentat, ils ont juste le tort de s’être exprimé dans des termes jugés incompatibles avec la ligne politique de Bruxelles.
Deux détails confirment que cette dérive n’a rien de fortuit, mais qu’elle correspond au contraire aux valeurs que défendent dans l’ombre les dirigeants européens. Le règlement dans lequel le Conseil de l’UE définit le cadre des sanctions précise ironiquement que ces sanctions sont conformes à la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, soulignant le fait qu’il sait pertinemment qu’il viole ces droits fondamentaux. Enfin, c’est peut-être là le point le plus inquiétant, ces sanctions auraient été approuvées à l’unanimité par les dirigeants de l’UE.