Challenge démocratique

Équipe Le Point Critique | 11 janvier 2026

Elon Musk accuse le Royaume-Uni de dérive fasciste en réponse à la menace d’une fermeture de X

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a menacé mercredi de bannir du Royaume-Uni le réseau X en raison d’une polémique autour d’une fonctionnalité de son robot d’intelligence artificielle Grok permettant de déshabiller numériquement les sujets présents sur une photographie et de les présenter en bikini. Elon Musk pose en retour la question : « Pourquoi le gouvernement britannique est-il si fasciste ? »

Affiche du film 1984 (Orwell, 1949)

Cette déclaration est intervenue mercredi alors que des photos détournées (deepfakes) de plusieurs personnalités de la famille royale et du Gouvernement, dont la princesse de Galles et le Premier ministre, ont circulé au début du mois sur le réseau X sans qu’aucun d’eux n’ait donné son consentement, déclenchant l’ire de Keir Starmer qui a qualifié cette pratique de « dégoûtante » :

C’est honteux. C’est dégoûtant et cela ne peut être toléré. X doit se ressaisir et supprimer ce contenu, et nous prendrons des mesures à cet égard, car c’est tout simplement intolérable.

https://www.telegraph.co.uk/business/2026/01/08/musks-x-could-be-banned-in-britain-over-ai-chatbot-row

Polémique autour de Grok et des deepfakes

Le compte à rebours a été déclenché lundi, avec l’annonce de l’ouverture, par l’autorité régulatrice des télécommunications au Royaume-Uni (Ofcom), d’une enquête à l’encontre du réseau X et de xAI, son entreprise spécialisée dans l’intelligence artificielle, visant à évaluer les mesures prises par ces deux entités pour se conformer à leurs obligations légales en matière de sécurité en ligne et de protection de la vie privée des utilisateurs.

Le ton s’est durci mercredi avec la menace d’une possible fermeture proférée par le Premier ministre à l’encontre de X. Selon The Telegraph, bien qu’Ofcom soit une autorité officiellement indépendante, Sir Starmer lui aurait spécifiquement demandé « d’envisager “toutes les options possibles”,après avoir appris que des images d’abus sexuels sur des enfants avaient été générées à l’aide du chatbot IA de X, Grok ».

X doit prendre les choses en main et l’Ofcom a tout notre soutien pour prendre des mesures à cet égard. C’est inacceptable. C’est illégal. Nous ne le tolérerons pas. J’ai demandé que toutes les options soient envisagées.

En réponse, certains comptes ont publié sur X des deepfakes, statiques ou animés, mettant en scène la directrice de l’Agence.

Cette affaire relance la polémique déclenchée l’été dernier au lendemain de l’élargissement de la loi imposant aux réseaux sociaux et aux plateformes de partage de vidéos de mettre en œuvre un contrôle de l’âge visant à empêcher les adolescents d’accéder à des contenus pornographiques ou incitatifs au suicide. Le gouvernement britannique avait formellement démenti toute velléité d’utiliser le prétexte de la protection des mineurs pour « censurer le débat politique », en affirmant que la limite d’âge ne concernerait que certains contenus et que la loi incluait par ailleurs certaines dispositions visant à renforcer la liberté d’expression.

Projet d’interdiction de X

Bien que la loi sur la sécurité en ligne de 2023 (Online Safety Act 2023 – OSA) permette aux autorités britanniques d’interdire sur leur territoire l’accès aux sites de réseaux sociaux qui ne dépublieraient pas les contenus illégaux, notamment ceux à caractère terroriste, haineux, pédopornographique, offensant ou dégradant, le blocage d’accès constitue une mesure extrême réservée aux cas graves et/ou de refus persistant.

La réaction du Premier ministre paraît d’autant plus excessive qu’Elon Musk, le propriétaire de X, a confirmé cette semaine que « Toute personne utilisant Grok pour créer du contenu illégal subirait les mêmes conséquences que si elle téléchargeait du contenu illégal ». Les deepfakes ne sont par ailleurs pas une spécificité de Grok, qui « n’est pas le seul système d’IA capable de mener à bien de telles intrusions ».

Le problème n’est donc que le gouvernement britannique soit déterminé à interdire la diffusion de deepfakes, dont personne ne conteste l’illégalité, mais qu’il préconise pour cela de bloquer l’accès au réseau X, sans consultation avec le gouvernement américain qui accuse régulièrement le Pari travailliste, depuis deux ans, de dégrader la liberté d’expression. Il l’appelle aujourd’hui, par la voix de Sarah B Rogers, secrétaire d’État américaine à la diplomatie publique, à rechercher des solutions pragmatiques pour lutter contre les excès de l’IA :

Les deepfakes sont un problème préoccupant et novateur qui nécessite des réponses adaptées et réfléchies. Ériger une « Grande Muraille » pour interdire X ou lobotomiser l’IA n’est ni adapté ni réfléchi. Nous sommes prêts à travailler avec le Royaume-Uni pour trouver de meilleures idées.

S’agit-il d’un règlement de comptes entre Keir Starmer et Elon Musk ? Le milliardaire, qui accusait fin juillet l’OSA d’avoir pour objectif de « supprimer le peuple », analyse aujourd’hui la polémique autour des deepfakes comme une tentative pour éradiquer la liberté d’expression.

Historique du contentieux entre Starmer et Musk

L’opposition entre les deux hommes, relatée en détail dans la dernière édition du Telegraph, est ancienne et elle ne pourrait pas être plus profonde. En juillet 2024, Musk avait imputé à Starmer et à son incapacité à protéger le peuple britannique, une future guerre civile au lendemain de l’attaque au couteau de Southport par un migrant, qui s’était soldée par la mort de trois enfants et avait entraîné des émeutes dans tout le pays.

En janvier 2025, le milliardaire avait massivement tweeté sur l’affaire des grooming gangs (des gangs de proxénètes responsables du viol et de l’exploitation sexuelle de milliers d’adolescentes britanniques entre les années 1990 et les années 2010), qu’il avait transformée en véritable scandale national, provoquant l’ouverture d’une enquête dont les audiences sont prévues pour 2026. Il avait qualifié Keir Starmer d’« embarras national » et l’avait accusé d’être « complice du viol de la Grande-Bretagne » en raison de ses fonctions à la tête du Service des poursuites pénales entre 2008 et 2013, Elon Musk le tenant personnellement pour responsable de l’impunité dont ont bénéficié durant cette période les auteurs de ces crimes.

Selon le journaliste Jake Wallis Simons, le passif qui lie les deux hommes est suffisant pour expliquer la pulsion tyrannique qui anime aujourd’hui le Premier ministre anglais :

Bien sûr, je n’accuse pas Keir Starmer de comploter une répression de type ayatollah de notre peuple. Mais vous ne pouvez pas l’avoir dans les deux sens. Le manque d’instinct de Starmer pour s’opposer à la tyrannie – il a apporté peu de soutien à la tentative désespérée de l’Iran de renverser le pire dictateur du monde – se reflète, je pense, dans sa volonté de se livrer à sa propre version de la lite d’autoritarisme.

https://www.telegraph.co.uk/news/2026/01/11/if-starmer-bans-x-britain-joining-ranks-tyranny/

Il rappelle qu’à ce jour, seuls sept pays ont osé interdire X, parmi lesquels la Chine, la Russie, la Corée du Nord, l’Iran et le Venezuela. Il s’étonne par ailleurs de l’obsession de Keir Starmer pour le réseau social d’Elon Musk, le Premier ministre n’ayant évoqué aucune mesure similaire pour les autres plateformes :

Vous me trouverez peut-être cynique, mais j’ai l’impression qu’il y a autre chose derrière tout ça. Il est vrai que la loi sur la sécurité en ligne, qui a conféré à l’Ofcom le pouvoir de l’exécuteur (désolé), est depuis longtemps critiquée comme étant une « charte de censure ». Mais X n’est pas le seul réseau social à enfreindre la loi.

TikTok est largement exploité par les trafiquants d’êtres humains, tandis que les pédophiles ciblent les enfants via Snapchat, Instagram et Facebook. Aucune de ces applications n’est menacée d’interdiction. Ce n’est certainement pas une coïncidence si l’application visée appartient à Elon Musk.

https://www.telegraph.co.uk/news/2026/01/11/if-starmer-bans-x-britain-joining-ranks-tyranny/

Réaction d’Elon Musk

Bien que la polémique autour des deepfakes expose désormais X à un boycott des annonceurs qui l’accusent de « misogynie », Elon Musk persiste et signe. Samedi, il a publié un classement des États ayant procédé en 2024 au plus grand nombre d’arrestations pour des messages postés en ligne. Le Royaume-Uni en recense 12 183, soit plus que l’ensemble des autres pays réunis.

D’où la question posée par Elon Musk : « Pourquoi le gouvernement britannique est-il si fasciste ? »

Pour rappel, en 2025, le Premier ministre britannique avait soutenu face à Donald Trump, à la Maison-Blanche :

Au Royaume-Uni, nous jouissons de la liberté d’expression depuis très, très longtemps. Nous la défendons férocement.

Où en serait le Royaume-Uni sans la vigilance de son Premier ministre ?

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