Esbrouffe
Coalition des volontaires : beaucoup de bruit pour rien
La 15e réunion de la Coalition des volontaires réunie ce mardi à l’Élysée s’est conclue par la signature d’une déclaration d’intention concernant le futur déploiement d’une force de réassurance en Ukraine. Une victoire sur le papier, mais qui masque un vide absyssal, aucun des pays signataires, hormis la France et le Royaume-Uni, n’envisageant de déployer de troupes en Ukraine.
Le dernier sommet de la Coalition des volontaires s’est tenu ce mardi à Paris, au Palais de l’Élysée, en présence de 28 chefs d’État et de gouvernement, dont le président ukrainien. Étaient également conviés Steven Witkoff et Jared Kushner, qui représentent les États-Unis dans les négociations de paix, le secrétaire général de l’OTAN et la présidente de la commission européenne Ursula von der Leyen. Emmanuel Macron a présidé la séance aux côtés du Premier ministre britannique, Keir Starmer, et du chancelier allemand Frédéric Mertz.
La réunion a été présentée comme une étape décisive ayant permis de sceller un accord entre les 35 pays de la coalition, l’Ukraine et les États-Unis, concernant le déploiement d’une présence occidentale armée aux portes de la Russie, visant à la dissuader de rompre unilatéralement la paix une fois qu’un accord signé en ce sens entre Moscou et Kiev.
Une « convergence opérationnelle » scellée par l’adoption de la Déclaration de Paris aurait été obtenue sur quatre points :
- Déploiement potentiel d’une force multinationale « de réassurance » impliquant plusieurs milliers de soldats, notamment français, et la création de bases militaires en Ukraine ;
- Mécanisme de surveillance du futur cessez-le-feu, supervisé par États-Unis avec le soutien de l’Europe ;
- Création d’une cellule de coordination entre la Coalition des volontaires, les États-Unis et l’Ukraine, pour intégrer et coordonner opérationnellement les armées ;
- Engagements politiques et militaires, incluant la réaffirmation d’un soutien financier, militaire et politique continu apporté à l’Ukraine.
Le Premier ministre britannique a « confirmé » en conférence de presse que la décision de déployer des forces militaires en Ukraine avait été actée, bien que ce point constitue une ligne rouge non négociable pour la Russie que l’Ukraine avait accepté de respecter en 2022 lors des accords d’Istanbul :
Je peux dire qu’après le cessez-le-feu, la Grande-Bretagne et la France établiront des bases militaires à travers l’Ukraine.
On apprend aujourd’hui que la réalité est tout autre, l’Allemagne, l’Italie, la Pologne et la Roumanie ayant fait savoir qu’elles excluaient d’envoyer des troupes en Ukraine après le conflit. Le chancelier Merz l’a confirmé à nouveau ce jeudi : un déploiement de troupes occidentale en Ukraine dans le cadre de garanties de sécurité n’est possible que si la Russie l’autorise, ce qui est de fait inenvisageable puisque Moscou ne signera aucun accord de paix ni aucun cessez-le-feu si cette contrepartie n’est pas formellement exclue :
L’ensemble de ce processus ne peut se dérouler sans le consentement de la Russie, dont nous sommes probablement encore assez loin.
Plus inquiétant pour la viabilité de ce projet, les États-Unis ont refusé de signer la déclaration finale et ne se sont prononcés que sur des formulations générales de soutien, sans aucun engagement formel. Selon Politico,
Alors qu’on espérait initialement que Washington s’engagerait dans une déclaration commune sur les garanties de sécurité, la déclaration finale n’a finalement été signée que par la coalition des volontaires.
Les détails de la participation américaine à la force multinationale pour l’Ukraine ont été supprimés d’un projet précédent, consulté par POLITICO. Cette version stipulait que les États-Unis s’engageraient à « soutenir la force en cas d’attaque » et à fournir une aide en matière de renseignement et de logistique.
https://www.politico.eu/article/europe-us-ukraine-peace-deal-russia-paris-ceasefire-allies
Le sommet de Paris démontre donc une nouvelle fois que le projet porté par Emmanuel Macron et Keir Starmer est fondamentalement un repoussoir pour l’ensemble des pays qu’il prétend fédérer, aucun d’eux n’étant assez irresponsable pour souhaiter s’engager dans une guerre avec la Russie dont le projet franco-britannique est objectivement la garantie :
L’accord de Paris vise à réaliser ce que la Russie a précisément voulu empêcher en envahissant l’Ukraine, à savoir l’intégration de l’Ukraine à l’OTAN de jure ou de facto. Il est conçu pour rendre la paix impossible.
L’écart entre la réalité et le triomphalisme affiché par Paris et Londres, qui s’explique d’autant plus difficilement que l’Allemagne s’est toujours catégoriquement opposée à l’envoi de troupes en Ukraine vaut aujourd’hui à coalition des volontaires d’être rebaptisée ironiquement sur les réseaux sociaux la Coalition des cocaïnés ou la Coalition de la désillusion.