Nomination à risque

Équipe Le Point Critique | 04 janvier 2026

Le chef du renseignement ukrainien, formé en 2016 par la CIA, devient le nouveau bras droit de Zelensky

Kyrylo Budanov, l’actuel chef du renseignement militaire ukrainien, a été nommé vendredi à la tête de l’administration présidentielle par Volodomyr Zelensky. Formé par la CIA, il est pressenti pour jouer un rôle central dans les négociations de paix entre l’Ukraine et la Russie.

Kyrylo Oleksiiovych Budanov

Un mois après la démission fracassante de son bras droit, impliqué dans un scandale de corruption majeur, Zelensky a choisi de nommer à la tête de son état-major le général Kyrylo Oleksiiovych Budanov, l’actuel chef de la Direction principale des renseignements ukrainiens (HUR). C’est sur lui que les États-Unis devraient s’appuyer pour tenter d’obtenir un accord de paix.

Le Monde souligne la popularité et le charisme de Kyrylo Budanov, dont le journal présente la nomination comme une décision « stratégique » visant à « redorer l’image de la présidence » et à tourner la page d’Andriy Yermak, considéré comme « la cheville ouvrière des négociations de paix avec la Russie » avant sa démission forcée. D’autres éléments autorisent au contraire à y voir un mauvais présage.

Une provocation adressée à Moscou

Budanov est considéré comme un terroriste par la Russie en raison de son implication assumée dans plusieurs attentats, dont l’explosion du pont de Crimée en 2022 et une frappe de drone en janvier 2024 sur une raffinerie de pétrole à Saint-Pétersbourg. Il est également connu pour avoir été membre de l’Unité 2245, une unité commando d’élite du HUR formée par la CIA à partir de 2016. The Straits Times rappelle par ailleurs qu’il y a deux ans, il avait averti que le « nombre d’attaques contre les infrastructures russes se multipliera [it] probablement ». Cette mise en garde sonne a posteriori comme une validation des accusations de la presse anglo-saxonne, selon lesquelles l’offensive aérienne menée par l’Ukraine contre les raffineries de pétrole russe a été décidée en juin dernier par la CIA.

Plus récemment, Budanov a revendiqué avoir manipulé les services de renseignements russes auxquels ses hommes auraient extorqué 500 000 $ en échange de l’élimination du commandant du Corps des volontaires russes (RDC), Denis Kapustin, condamné à la réclusion à perpétuité en Russie pour trahison. Le RDC, une unité d’élite composée de néonazis, a été fondé par Kapustin en 2022 au début de la guerre, pour soutenir les Ukrainiens contre la Fédération de Russie. Les hommes du HUR ont épargné la vie de Kapustin, mais ont empoché la rançon, Budanov se félicitant que cette somme puisse renforcer les moyens du Corps des volontaires.

Le choix de Washington

Selon The New York Times (NYT), ce passif aurait joué un rôle déterminant dans sa nomination. ce qui renforce les doutes, soulevés il y a quelques jours par l’attaque présumée de drones contre une villa de Vladimir Poutine, concernant la volonté réelle de l’administration Trump de mettre fin à la guerre :

M. Budanov devrait militer au sein de l’armée ukrainienne pour que soient davantage privilégiées les stratégies dites asymétriques – les ruses, les feintes et l’utilisation créative des nouvelles technologies qui ont fait sa réputation au sein des services de renseignement militaire – plutôt que les combats directs avec l’armée russe, plus importante en nombre.

Budanov estime aujourd’hui qu’il est impératif pour Kiev d’entamer des discussions avec Moscou afin de mettre fin à la guerre, mais que ces négociations doivent se dérouler dans l’ombre pour réussir. Est-ce dans le cadre de cette « diplomatie silencieuse » que s’est inscrite l’attaque présumée contre la villa de Valdaï du président Poutine, survenue dans la nuit de dimanche à lundi, alors que Volodymyr Zelensky se trouvait en Floride à Mar-a-Lago dans la résidence de Donald Trump ?

Un processus de négociation est absolument nécessaire et ne peut de toute façon pas être évité. […] Toutes les négociations sur des questions très difficiles – et la guerre entre la Russie et l’Ukraine en est une – ont échoué faute de silence. […] Une partie faible n’a jamais dicté ses conditions à personne et ne le fera jamais. […] Il est naturel pour Moscou, comme tout État, de privilégier ses propres intérêts nationaux.

Le soutien témoigné récemment au commandant du Corps des volontaires russes, ainsi que l’extrémisme des positions affichées habituellement par Budanov tranche avec le pacifisme de cette déclaration.

La clé permettant de décrypter ce paradoxe a peut-être été donnée il y a quelques jours par Andriy Biletsky, fondateur de la brigade néonazie Azov et du tout jeune Corps des vétérans. Dans une interview accordée à une chaîne ukrainienne, le Führer d’Azov, promu brigadier général en octobre dernier, a promis de repartir en guerre contre la Russie après l’armistice, après avoir formé des soldats et s’être « armé de science » :

Je suis convaincu que chaque pays, chaque empire, chaque État connaît un moment critique. Pour nous, ce moment est arrivé en 2014 et les Russes en ont profité. Pour eux aussi, ce moment viendra. Je ne pense pas qu’il soit imminent. Je pense que cela prendra au maximum 10 ans. Et nous devons simplement être prêts à prendre ce qui nous revient. Pour l’instant, il s’agit d’arrêter l’ennemi, de ne pas lui laisser imposer un accord qui limite notre souveraineté. […]. Si l’économie est bonne, la démographie sera bonne. Avec une bonne démographie, on peut créer une bonne armée. Bientôt, nous voyons tout le développement technologique […]. Il y aura donc une base scientifique normale, une base industrielle, encore une fois, c’est l’économie. Il y aura un armement normal, des équipements, etc., tout cela. Alors nous aurons gagné.

Cette hypothèse est-elle envisagée dans le slogan d’une paix juste et durable ?

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