Démenti
Les drones ukrainiens ne ciblaient pas une résidence de Vladimir Poutine, selon une note de la CIA
Au lendemain de la déclaration du ministère russe de la Défense, appuyée par la publication d’une série d’éléments présentés comme la preuve que l’Ukraine a bien perpétré une tentative d’assassinat à l’encontre de Vladimir Poutine, la CIA publie un démenti dans la presse américaine.
Selon le Wall Street Journal, à l’origine de cette information, une attaque a bien eu lieu, mais les drones ne ciblaient ni Vladimir Poutine ni sa villa de Dolgiye Borody (Longues Barbes), située à Valnaï, dans la région de Novgorod :
Des responsables de la sécurité nationale américaine ont déclaré que l’Ukraine n’avait pas ciblé le président russe Vladimir Poutine ni l’une de ses résidences lors d’une récente frappe de drone, contredisant ainsi les affirmations de Moscou selon lesquelles Kiev aurait cherché à assassiner le dirigeant russe.
La note de l’Agence centre de renseignement américain (Central Intelligence Agency – CIA) sur laquelle se fonde le WSJ précise que « les États-Unis ont constaté que l’Ukraine cherchait à frapper une cible militaire située dans la même région que la résidence de campagne de Poutine, mais non à proximité ». Pourquoi les Américains, qui sont en quelque sorte les yeux de l’Ukraine, n’ont-ils pas suspendu leur soutien au renseignement durant cette période à risque ? À quoi Washington joute-t-elle aujourd’hui ?
L’article ne répond pas à cette question, mais confirme à demi-mot que les frappes ukrainiennes sur le territoire russe sont coordonnées par la CIA dont le WJS rappelle qu’elle « dispose de plusieurs moyens pour surveiller l’espace aérien russe, les activités militaires et les attaques sur son territoire, notamment des satellites, des radars et l’interception des communications ». Le New York Times l’a confirmé il y a deux jours.
Alors même que M. Trump intimidait M. Zelensky, il semblait dorloter M. Poutine. […] Mais en secret, la CIA et l’armée américaine, avec sa bénédiction, ont intensifié la campagne ukrainienne de frappes de drones contre les installations pétrolières et les pétroliers russes afin de paralyser la machine de guerre de M. Poutine.
L’article du NYT, également commenté par The Telegraph, précise que c’est la CIA qui a élaboré, en concertation avec l’armée américaine, le nouveau plan d’attaque ukrainienne ciblant les raffineries de pétrole russe, identifiées comme le talon d’Achille des infrastructures énergétiques de la Russie.
Le président Trump avait dans un premier temps pris parti pour la version russe avant de minimiser les allégations du Kremlin concernant une potentielle tentative d’assassinat du président russe, en publiant un lien vers un éditorial du New York Post contestant la réalité de cette attaque et affirmant que cette fausse information « montre que la Russie est celle qui fait obstacle à la paix ».

Cette séquence confirme que, derrière la guerre sur le front, c’est bien à une guerre informationnelle que l’on assiste aujourd’hui. Si l’attaque contre la résidence de Poutine a effectivement eu lieu et si elle avait abouti, les conséquences auraient été potentiellement apocalyptiques. Les États-Unis auraient-ils pris un tel risque pour un conflit dont Trump affirme qu’il ne concerne pas l’Amérique ? L’Ukraine a-t-elle bénéficié au contraire de l’aide des renseignements occidentaux ?
Si l’attaque n’a pas eu lieu et si elle n’est qu’une mise en scène du Kremlin, il semble en revanche compliqué d’y voir une volonté de faire échouer les négociations de paix. Selon les propres députés du parlement ukrainien, Volodymyr Zelensky ne semble avoir besoin de personne pour retarder la signature d’un accord. C’est ce qu’a déclaré mardi le député en exil Oleksandr Dubinskyi :
La principale raison pour laquelle je m’oppose personnellement à un référendum sur un plan de paix, c’est Zelensky. Il a conduit la situation au niveau où nous en sommes aujourd’hui et a interrompu les pourparlers de paix à Istanbul au printemps 2022, sans aucun référendum.
C’est pourquoi il devrait assumer la responsabilité de cette décision maintenant, au lieu de la rejeter sur les Ukrainiens, qui sont abreuvés de la « réalité » d’une propagande télévisée marathon incessante prétendant que nous sommes en train de « gagner ».
La décision d’entrer en guerre a été prise par le Parlement et Zelensky. La décision concernant la paix devrait également leur revenir.
Dubinskyi précise que Zelensky a signé de façon autonome l’accord sur les minerais il y a quelques mois alors que « selon la Constitution, le sous-sol du pays appartient au peuple ».
Pourquoi une telle exigence si les négociations évoluent favorablement, au point de pousser la Russie à concevoir une attaque sous faux drapeau ? Ce qui lui est actuellement reproché est de s’affranchir des pressions occidentales et de poursuivre son offensive sur le terrain militaire. En quoi aurait-elle besoin de tordre le bras au président ukrainien pour le forcer à accepter ses conditions ou pour s’autoriser à intensifier les frappes en Ukraine ?
Pour rappel, le Financial Times relatait il y a deux mois un échange particulièrement houleux entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky à la Maison-Blanche, le 17 octobre dernier, lors duquel le président américain aurait exhorté Zelensky à accepter les conditions de Moscou pour mettre fin à la guerre : « Si Poutine le veut, il te détruira », aurait déclaré Trump selon les propos rapportés par le Financial Times.