Répétition

Équipe Le Point Critique | 12 décembre 2025

Le Gouvernement déploie un dispositif militaire hors norme pour garantir l’abattage de 208 vaches

L’Ariège se réveille en deuil. Un troupeau de 208 vaches en parfaite santé a été mis à ce mort ce matin par les services vétérinaires après la découverte d’un cas de DNC mardi. Durant 48 heures, le monde agricole a livré un bras de fer héroïque avec et l’État qui avait déployé sur les lieux un dispositif militaire totalement disproportionné.

CRS en intervention à la ferme Moriscou à Bordes-sur-Arize, dans l’Ariège, le 10 décembre 2025

La foudre s’est abattue mardi sur la ferme Moriscou à Bordes-sur-Arize, dans l’Ariège, après la publication d’un arrêté préfectoral ordonnant l’abattage de 208 vaches en parfaite santé suite à la découverte d’un cas isolé de dermatose nodulaire contagieuse (DNC). C’est la 73e exploitation à être concernée par ces euthanasies à visée « préventive » qui ont décimé à ce jour plus de 3 000 bovins.

Malgré la colère des éleveurs, exprimée mardi lors d’une réunion extraordinaire du Parlement du sanitaire, la ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, Annie Gennevard, avait réaffirmé son refus de suspendre cette mesure, qu’elle juge indispensable pour contenir l’épidémie. Elle décrit aujourd’hui la maladie comme « redoutablement dangereuse » malgré une mortalité de 1 cas sur 1 000 (0,1 %) et une morbidité négligeable, sans aucun impact sur la consommation des produits laitiers :

À ce jour, on peut très clairement dire que la dermatose nodulaire contagieuse est sous contrôle en France (…) la stratégie de lutte a fait ses preuves, indique-t-on au ministère à l’issue de la réunion. Trois des cinq zones réglementées ont été levées et le commerce des bovins avec l’Italie reprend progressivement son cours. Seules deux zones réglementées subsistent, dont une autour du Doubs où est apparu le dernier cas. La vaccination n’y est que de 65 % pour le moment mais elle est cours. Ailleurs, elle est de 100 %.

https://www.lefigaro.fr/actualite-france/dermatose-bovine-le-gouvernement-maintient-sa-politique-d-abattage-total-des-troupeaux-infectes-20251209

L’État a déployé un dispositif militaire totalement disproportionné

L’abattage était prévu pour ce jeudi, à 9 heures, mais la mobilisation des agriculteurs et des citoyens a compliqué les choses. Selon le magazine Frontières qui s’est rendu sur les lieux, le Gouvernement aurait dépêché 30 cars de CRS pour mater la colère des manifestants. Vers 14 h, un canon à eau et des blindés militaires de type Centaure, réservés aux situations exceptionnelles de maintien de l’ordre, étaient annoncés en renfort ; on apprend ce soir que le Gouvernement en aurait mobilisé 15, soit plus de la moitié de son parc, dont l’effectif ne compte que 26 véhicules. Un char Michigan a même été dépêché sur les lieux.

À la tombée de la nuit, un affrontement se précisait entre les forces de l’ordre et les agriculteurs, qui avaient enflammé des bottes de foin et disposé des palettes sur la route pour ralentir la progression des CRS. L’assaut a été donné un peu plus tard, grâce au soutien d’un hélicoptère de la gendarmerie qui a stationné pendant 48 heures au-dessus de l’exploitation, bombardant les lieux avec des grenades lacrymogènes potentiellement mortelles :

Les agriculteurs estiment que l’épidémie pourrait être contenue par des mesures alternatives moins barbares pour les animaux et moins traumatisantes pour les éleveurs. Elles ont été regroupées dans un protocole expérimental, cosigné par l’ensemble des acteurs du monde agricole ariégeois, et soumis au Gouvernement mercredi. Il comprend 7 mesures, dont l’abattage systématique des animaux suspects, présentant un test PCR positif, et une vaccination massive, au-delà des zones réglementées, même s’il est permis de douter de son efficacité, le troupeau exécuté récemment dans le Doubs était intégralement vacciné depuis plus de trente jours, alors que le vaccin est réputé être pleinement efficace à partir de vingt et un jours.

Les experts scientifiques ne recommandent pas l’abattage des animaux sains

Jeudi, la Coordination rurale a confirmé que le protocole avait été rejeté par le ministère qui invoque le cadre réglementaire européen pour exclure toute dérogation à l’abattage total des troupeaux et limiter la vaccination aux foyers épidémiques préalablement identifiés. La directive européenne autorise pourtant les États membres (article 19, § 6) à instaurer une vaccination d’urgence, mais le Gouvernement s’y refuse en raison de son coût, évalué à plus de 20 millions d’euros. Ce n’est donc pas pour des raisons sanitaires qu’elle est aujourd’hui exclue.

Concernant la première mesure, les voix se multiplient aujourd’hui pour expliquer qu’elle est indispensable, malgré l’existence de traitements éprouvés dans d’autres pays qui permettraient de réduire significativement la réplication du virus et d’obtenir une guérison sans séquelles ni effets indésirables en seulement quelques semaines, avec une immunité naturelle acquise. Carole Delga, la présidente de la Région Occitanie exhortait hier matin sur son compte X les éleveurs à ne pas entraver l’action de l’État en invoquant leur responsabilité dans la propagation de la maladie en cas d’obstruction à l’abattage des vaches à Bordes-sur-Arize.

Le Pr Jeanne Brugère-Picoux (École nationale vétérinaire d’Alfort), membre de l’Académie nationale de médecine (ANM) et présidente honoraire de l’Académie vétérinaire de France (AVF) est venue à son tour expliquer hier, sur les ondes de Sud Radio, que l’abattage de l’intégralité du troupeau était indispensable car les cas asymptomatiques seraient également contagieux : « Les agriculteurs ne voient pas tous les animaux qui sont en incubation et seront malades ». Interrogée sur la pertinence du protocole alternatif présenté par les éleveurs, elle a expliqué de manière schizophrénique :

Alors, d’abord, je ne connais pas du tout ce manifeste vétérinaire qui est tout à ait en dehors des réglementations européennes et qui montre une incompétence totale. […] Je pourrais vous démontrer, si je le connaissais, toutes les incohérences d’un tel manifeste.

Même son de cloche de la part du président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, président du groupe Avril, qui commercialise, via ses différentes filiales (Salus, Oleon) des solutions visant à augmenter les rendements de la filière bovine brésilienne. Il est également actionnaire majoritaire de la société Samas, qui nourrit et développe l’élevage bovin brésilien dont la viande inondera demain le marché français lorsque l’accord Mercosur entrera en vigueur.

Pourtant, l’abattage des animaux sains demeure controversé au sein de la communauté scientifique, tant pour son efficacité que pour son impact économique et psychologique. L’Organisation mondiale pour la santé animale (WOAH, ex-OIE) expliquait en 2016 qu’il « s’avère rarement efficace pour enrayer la propagation de la DNC » lorsqu’il est utilisé uniquement à titre de mesure de contrôle. Le Groupe scientifique de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) sur la santé et le bien-être des animaux recommandait pour sa part en 2015 de n’euthanasier que les infectés en se basant sur l’inefficacité de l’abattage total observée en 2007 en Israël :

[Selon l’expérience israélienne], il ne semble pas nécessaire de procéder à l’abattage préventif des animaux sains soupçonnés d’avoir été en contact avec les cas généralisés. L’abattage des seuls cas généralisés semble être une politique « suffisante » pour permettre un contrôle rapide d’une épidémie de LSD.

https://efsa.onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.2903/j.efsa.2015.3986#page=4

Le Gouvernement interdit toute contre-expertise visant à confirmer la réalité des contaminations

Le protocole sanitaire français prévoit que l’abattage du troupeau ne s’applique que si la souche de DNC à l’origine d’une infection est d’origine sauvage ou naturelle et non vaccinale. Or selon le Dr Hélène Banoun, la contre-expertise prévue par le règlement européen 2017/625 (§ 48) qui permettrait d’épargner le bétail si le nouveau test établit que les symptômes sont induits par la vaccination est systématiquement refusée aux éleveurs. Pourquoi ? On sait que le taux de faux positifs peut être très élevé, comme ce fut le cas durant la période COVID, où il a atteint au moins 86 % en Allemagne. Combien de bovins sont-ils susceptibles sur ce principe d’avoir été exterminés sans raison ?

Les éleveurs, présentés par certains médias comme des « antivax », demandent par ailleurs que le Gouvernement plaide pour une déclassification de la DNC au niveau européen, aujourd’hui classée en catégorie A afin de faire annuler la mesure de « dépeuplement total » qui cristallise aujourd’hui la colère du monde rural.

Selon la Conf’ des Pyrénées-Orientales, l’objectif du Gouvernement serait de « préserver le statut indemne de la France et lui permettre de continuer à exporter de la viande de bœuf », mais il est difficile de ne pas voir dans les moyens disproportionnés mis en œuvre par l’État en Ariège un objectif plus obscur. Nous avons cité précédemment le rapport de la Cour des comptes de 2023 qui préconise une réduction de 30 % de la taille du cheptel français à l’horizon 2026-2027 afin de « tenir les engagements climatiques nationaux ». Il semble que la DNC offre une occasion idéale pour permettre au Gouvernement d’atteindre cet objectif. La présidente de la chambre d’agriculture du Lot-et-Garonne, également membre de la CR, en convient à son tour aujourd’hui même si elle ne spécule pas sur l’exploitation du prétexte sanitaire par le Gouvernement :

À force de tuer les troupeaux, on va éradiquer le cheptel bovin français.

L’autre mobile qu’il est impossible d’exclure est bien évidemment l’enjeu du traité conclu entre l’UE et le Mercosur qui créera un appel d’air inespéré pour les éleveurs étrangers, notamment brésiliens, en faisant de leur viande une bénédiction une fois que l’ensemble de la filière française aura été éradiquée. Pour bien comprendre la gravité et la barbarie de la situation, le chiffre de 1 000 000 de bêtes exterminées a été aujourd’hui évoqué sur le plateau de LCI.

Épilogue

Ce matin, 12 décembre, les 208 vaches ont finalement été abattues sur ordre du nouveau préfet de l’Ariège, Hervé Brabant, les éleveurs ayant donné leur accord à l’extermination du troupeau. Les comptes @Tocsin, @SirenesFR ou @InfosFrancaises ont abondamment documenté la folle journée d’hier ainsi que son épilogue. Pour ajouter une ultime touche sordide à la situation, l’ancien agent de renseignements Alexandre Langlois explique qu’ils ont été menacés par le préfet ayant ordonné l’abattage à une amende de 5 000 € par vache qui serait malade dans le département s’ils ne laissaient pas exécuter leur troupeau. L’honneur du ministère de l’Intérieur a toutefois été sauvé grâce à l’arrestation de 4 manifestants.

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