Opération spéciale

Équipe Le Point Critique | 11 février 2025

DOGE, la révolution Musk

Présenté par les médias comme une coquille vide, créée pour renforcer l'influence du milliardaire Elon Musk, le DOGE se révèle être, moins de trois semaines après son lancement, un outil d'une puissance redoutable. Trop, affirme désormais la presse, qui dénonce une manœuvre anticonstitutionnelle. Qu'en est-il réellement ?

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Donald Trump a fait du démantèlement de la bureaucratie gouvernementale une de ses promesses de campagne. Ce mot d’ordre a pris forme le 12 novembre, avec l’annonce de la création du Département pour l’efficacité gouvernementale (DOGE) et de la décision de nommer à sa tête le milliardaire Elon Musk.

La naissance du DOGE a été actée par décret le 20 janvier 2025, jour de l’investiture de Donald Trump, dans la continuité de 45 autres directives, avec pour objectif de traquer les dépenses fédérales inutiles en s’inspirant du modèle argentin, et de supprimer celles qui ne correspondent pas au programme pour lequel le contribuable a voté. Autrement dit : « rendre la bureaucratie responsable devant le président élu ».

Il deviendra potentiellement « Le Projet Manhattan  » de notre temps. Les politiciens républicains rêvaient depuis très longtemps des objectifs de DOGE. Pour susciter ce type de changement radical, le Département de l’efficacité gouvernementale fournira des conseils et des orientations à l’extérieur du Gouvernement, et s’associera à la Maison-Blanche et au Bureau de la gestion et du budget pour mener des réformes structurelles à grande échelle et créer une approche entrepreneuriale à l’égard du gouvernement jamais vue auparavant.

Donald Trump, 12 novembre 2024

Au lendemain de cette annonce, le DOGE a été présenté par une grandie partie de la presse comme une « coquille vide », créée ex nihilo pour permettre au PDG de Tesla et de Space X de détourner des subventions au profit de ses entreprises. Elle dénonce aujourd’hui une structure opaque, opérant en roue libre dans une zone grise institutionnelle. L’avocat Tomas Renz a analysé sur son blog le cadre légal de cette entité administrative, et salue au contraire un montage juridique particulièrement ingénieux.

Le décret qui « établit et met en œuvre » le DOGE ne crée pas de nouvelle structure, mais se contente de lui réaffecter les moyens d’une agence existante, le Service numérique des États-Unis (United State Digital Service – USDS), dont le rôle historique est de conseiller les administrations sur leur stratégie en matière de système d’information.

Les actions de l’USDS, essentiellement dévolues au développement de solutions logicielles, se voient ainsi réorientées vers un objectif plus concret – réaliser un audit complet du système d’information et des dépenses fédérales à des fins de modernisation –, mais conforme à la mission première de l’agence. Cet audit sera mené par des agents du Trésor épaulés par des consultants externes triés sur le volet, incluant des avocats, des personnes des ressources humaines et des ingénieurs, surnommés les DOGE kids.

L’autre point essentiel relevé par Tomas Renz est la vocation du DOGE à n’être qu’une structure éphémère, l’échéance du mandat de Musk étant fixée par le décret au 4 juillet 2026. Le texte exploite ainsi le cadre de la loi 5 USC 3161, qui autorise le recours à des prestataires externes dans le cadre « d’organisations temporaires », et dispense donc Elon Musk d’une approbation de sa candidature par le Congrès, tout en lui laissant une totale latitude pour le recrutement de son équipe.

Enfin, le décret prévoit que des équipes du DOGE soient recrutées dans chaque agence pour mener sur place leur mission. Celle-ci consistera à soumettre des milliards de dépenses étatiques au crible d’algorithmes permettant d’identifier des anomalies et des redondances, à des fins de modernisation du système de gestion et de traitement de ces données. Toutefois, comme le fait remarquer Tomas Renz, « l’examen des logiciels et de la manière dont les choses sont gérées est un excellent moyen de trouver les sources de gaspillage – en particulier lorsque le mandat consiste en partie à garantir l’efficacité », voire d’identifier le financement d’activités illégales ou criminelles.

Il serait donc naïf de penser que le DOGE ne relève pas d’une feuille de route politique, même s’il se veut d’abord et avant tout le pilier d’une réforme structurelle à grande échelle, basée sur une approche entrepreneuriale de l’administration. La dimension politique, voire politicienne de ce programme, est d’ailleurs pleinement assumée par Donald Trump, accusé de vouloir purger l’administration démocrate qu’il estime profondément corrompue.

L’un des premiers scandales mis à jour par le DOGE – les 27 millions de dollars versés par l’administration Biden au journal Politico –, semble lui avoir donné raison sur ce point. Il s’agit donc bien de « purger les écuries d’Augias », mais de le faire de la seule façon possible pour atteindre cet objectif et survivre à sa déflagration : en révélant publiquement l’ampleur de la corruption du gouvernement fédéral (un compteur permet de suivre en temps réel les actions que le DOGE revendique avoir réalisées), et en asséchant financièrement ses innombrables relais.

Avec le démantèlement de l’Agence américaine pour le développement international (USAID), une première tête vient de tomber, mais le DOGE n’en est encore qu’au tout début de cet audit d’ampleur inédite. D’autres agences doivent passer sur le gril de ses équipes, notamment le Pentagone, plusieurs fois accusé d’avoir égaré des milliards de dollars, et la Réserve fédérale. Une première dans l’histoire de l’Amérique.

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