Feuilleton

Équipe Le Point Critique | 27 juin 2024

H5N1 : Canard sauce ARNm (épisode 6)

Les éleveurs de canards français ont le choix depuis mars de vacciner leur cheptel avec un vaccin conventionnel ou un vaccin à ARN messager. Un essai à démontrer qu’aucun n’était efficace contre la transmission, mais les autorités estiment qu’ils sont sûrs. Que contiennent-ils réellement ? Existe-t-il un risque de contamination à travers l’alimentation ?

Couple de canards de Barbarie
© iStock/Galeh Kholis Pambudi

Depuis octobre 2023, la vaccination des canards est devenue obligatoire dans l’Hexagone pour tous les élevages français d’une capacité de 250 animaux ou plus destinés à la consommation de viande ou de foie gras. La France est le premier pays en Europe à avoir imposé une telle mesure supposée offrir un « bouclier pour protéger les élevages ».

Le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire rapportait en mai dernier qu’un peu plus de 32 millions d’animaux, soit la moitié de l’objectif à atteindre en septembre, auraient effectivement fait l’objet d’une vaccination contre l’IAHP, selon un protocole à 2 ou 3 doses en fonction des cas.

Selon le journal Les Échos, la vaccination n’a malheureusement pas démontré l’efficacité promise, 8 700 canards vaccinés trois mois plus tôt ayant dû être abattus dans un élevage en Vendée suite à la confirmation d’un foyer de grippe aviaire hautement pathogène.

Un des deux vaccins homologués est un vaccin ARNm

La stratégie française s’était appuyée sur une expérimentation menée en octobre 2022 sur des canards « challengés » à 7 et 11 semaines avec deux vaccins différents, qui ont chacun reçu une autorisation temporaire d’urgence : Volvac BEST du laboratoire Boehringer et Respons du laboratoire Ceva. Le premier est un vaccin inactivé, le second est un vaccin à ARNm autoamplifié, enrobé dans des nanoparticules ferriques. Ce sont ceux actuellement mis à disposition des éleveurs et pris en charge par le gouvernement.

Selon l’instruction ministérielle du 13 mars 2024, les deux vaccins ont donné les mêmes résultats et ils ne sont pas bons : le premier essai avait démontré une baisse de l’efficacité contre la transmission quatre semaines après l’injection ; le nouvel essai confirme non seulement cette érosion, mais démontre des niveaux d’excrétion supérieurs, à 11 semaines, à ceux observés à 7 semaines chez des canards vaccinés. Le vaccin apporterait néanmoins un bénéfice (qualifié de « léger » par l’Anses) dans la mesure où les canards vaccinés restent moins contagieux que les canards non vaccinés, mais sans stopper la transmission, suggérant que la vaccination des canards est illusoire.

Ces résultats de l’essai de transmission à 11 semaines suggèrent ainsi un phénomène où, à un niveau critique d’immunité, l’animal ne contrôle plus suffisamment l’infection pour garantir la non-propagation du virus sauvage en fin de période de production ou chez les animaux vaccinés à durée de vie longue, compte tenu de la forte capacité de multiplication et de transmission extrêmement élevée des virus IAHP chez le canard.

Instruction DGAL/SDSBEA/2023-773 du 08/12/2023. Rectifiée le 13/03/2023. https://info.agriculture.gouv.fr/boagri/instruction-2023-773/telechargement

D’où la stratégie de vacciner l’ensemble des canards au risque de stimuler le virus, et d’ajouter une 3e dose au protocole vaccinal.

Une toxicité élevée chez l’homme en cas d’exposition accidentelle

Ces deux vaccins ont été retenus pour la campagne de vaccination des poules et des canards d’élevage, qui est proposée dès l’âge de 1 jour. Le vaccin ARNm CEVA RESPONS revendique une immunité active contre les souches H5 du clade 2.3.4.4b aujourd’hui en circulation, mais la durée de l’immunité n’est connue que pour une espèce de canards (canards mulards). Elle est inconnue pour les canards de Barbarie et les canards Pékin.

Aucun effet indésirable n’aurait été observé durant les essais, hormis pendant la ponte où l’innocuité du vaccin n’a pas été établie, mais des risques pour la santé humaine sont signalés par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), en raison de la toxicité des huiles et des nanoparticules ferriques contenant l’ARNm. La notice précise ainsi qu’en cas d’exposition au vaccin, y compris avec une faible quantité de produit, l’apparition d’un « œdème intense susceptible d’entraîner une nécrose ischémique, voire la perte d’un doigt » peut être observée, nécessitant des soins chirurgaux urgents :

Il est impératif de recourir IMMÉDIATEMENT à des soins chirurgicaux dispensés par un spécialiste. Une incision et une irrigation rapides de la zone injectée peuvent s’avérer nécessaires, notamment si les tissus mous ou le tendon d’un doigt sont touchés.

RCP du vaccin ARNm autoamplifiant CEVA. https://www.anses.fr/fr/system/files/90053_ATU_M_ANNEXE.pdf

La présence de squalène ne semble en revanche poser aucun problème à l’Anses. La FDA mentionne pourtant des effets indésirables graves (narcolepsie, sclérose en plaques, Guillain-Barré…) déclarés en pharmacovigilance pour l’adjuvant MF59 utilisé dans l’ensemble des vaccins humains contre le H5N1.

La notice du vaccin inactivé VOLVAC BEST signale les mêmes limites concernant l’efficacité et les mêmes précautions à prendre en cas d’injection accidentelle en raison de son excipient à base d’huile minérale. Là encore, l’Anses ne mentionne toutefois aucune contre-indication concernant la composition qui inclut trois excipients controversés :

Quels risques en cas de consommation d’animaux vaccinés ?

Au-delà des risques pour la santé animale et pour la santé humaine en cas d’injection accidentelle de ces produits, deux sujets de préoccupations concernent spécifiquement le vaccin ARNm CEVA :

  • les risques de dispersion (shedding) de l’ARNm, déjà soulevés à propos des vaccins anti-COVID et qui sont susceptibles d’être décuplés avec un vaccin autoamplifiant. Le Pr Hiroto Komano a récemment fait part de ses inquiétudes à propos d’un vaccin basé sur cette technologie et approuvé chez l’homme au Japon ;
  • les risques d’ingestion[1], soulevés en 2022 par une étude, dans laquelle les auteurs ont établi que l’ARNm vaccinal pouvait se transmettre par l’alimentation :

Les preuves d’études sur de petits et grands animaux démontrent que cette forme d’administration permet à la fois l’absorption et la transfection gastriques et systémiques.

Un vaccin qui n’immunise pas, fait flamber une épidémie, peut s’avérer toxique pour l’homme et l’animal et peut se transmettre par l’alimentation est-il la solution ?


Référence

[1] Abramson A, Kirtane AR, Shi Y, et al. Oral mRNA delivery using capsule-mediated gastrointestinal tissue injections. Matter. 2022 Mar 2;5(3):975-87 DOI: https://doi.org/10.1016/j.matt.2021.12.022.

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